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L'enquêteur interprété par Jonathan Groff et le tueur, porté par l'étonnant Cameron Britton.
© Patrick Harbron/Netflix

Rétrospective

L’année 2017 des séries TV: nos coups de cœur

Cette année, les séries ont joué des limites, politiques ou sociales. De «Mindhunter» à «13 Reasons Why», les meilleurs moments selon le chroniqueur du «Temps»

Ordre imposé et résistance: cette année, nombre de séries ont joué de cette oscillation, la dénonciation d’une autorité extrême et les louvoiements avec la rigueur ambiante – même celle des genres de fiction. Adaptation d’un roman de Margaret Atwood, The Handmaid’s Tale (La Servante écarlate), avec Elisabeth Moss, raconte un futur où certaines femmes sont enfermées dans un rôle de reproductrices. L’héroïne esquisse une résistance. Dans un climat post-élection de Donald Trump, puis de questionnements multiples sur la puissance masculine, cette série est arrivée à point nommé.

Des affaires de mensonges

En Suisse romande, Quartier des banques a mis en musique (de thriller) l’écroulement du secret bancaire. Dans le registre de la chronique de petite ville américaine, Big Little Lies a joué avec les limites de l’amitié et de la violence collective.

Plus intellectuelle, Mindhunter a exploré l’ordre social et pénal, pour se demander de quelle manière une catégorie criminelle doit être délimitée par et pour la police. En France, Guyane a poussé les limites de la République, l’année même où les protestations sociales des terres lointaines se sont accrues.

Le surnaturel revient

Longtemps fui pour cause de risques scénaristiques élevés, le surnaturel est revenu cette année, de Dark à la mélancolique Beau Séjour, quand une défunte enquête sur sa propre mort. A propos d’investigation sur un décès, 13 Reasons why a offert une subtile construction autour d’un suicide de lycéenne.

Pour se rapprocher du réel, The State a montré aux spectateurs ce que peut être une ville sous la tyrannie de l’Etat islamique, tandis que Le Bureau des légendes a poursuivi sa carrière de formidable thriller géopolitique.


1. Mindhunter, de Joe Penhall et David Fincher (Netflix)

C’est la proposition la plus cérébrale de l’année, et c’est ainsi qu’elle reste marquante. Ecrite par Joe Penhall, voulue et produite par David Fincher et soutenue par Charlize Theron, cette odyssée dans les années 1970 détaille les efforts de deux agents du FBI pour arriver à donner un nom, une épaisseur documentée, aux tueurs en série. Avec un scénariste brillant, David Fincher porte à un point presque abstrait sa fascination pour les meurtriers récidivistes, et ce qu’ils peuvent dire de sa société et de son pays. Portée par d’excellents acteurs, cette traque à la fois psychologique, policière et linguistique détaille un bout de l’histoire de la violente Amérique pour mieux l’explorer.

Sur cette genèse du concept de tueur en série: Serial killer, le miroir monstre


2. The Handmaid’s Tale, de Bruce Miller, d’après Margaret Atwood (Hulu)

Imaginons un arc temporel, entre les accusations de harcèlement à l’égard de Donald Trump pendant la campagne électorale de 2016 jusqu’au séisme de l’affaire Weinstein dès octobre 2017. Au milieu de cette période apparaît la glaçante The Handmaid’s Tale, adaptation de Margaret Atwood, image d’un futur autoritaire, où un Etat américain a fait sécession et a instauré une dictature de classe, dans laquelle certaines femmes sont reléguées au stade d’utérus à peine causants. Portée par Elisabeth Moss, aussi vue cette année dans le film The Square et la deuxième livraison de Top of the Lake, magnifiquement réalisée, The Handmaid’s Tale porte la contre-utopie au plus haut niveau, celui de l’alarme générale. En sus, dans le chambardement des producteurs et diffuseurs de séries, elle apporte un premier écho majeur et mondial au site Hulu, qui affronte Netflix.

Hommage à la puissante actrice de la série: Elisabeth Moss, femme de l’année


3. The State, de Peter Kosminsky (BBC)

Que deviennent les radicalisés d’Europe dès qu’ils franchissent la frontière turque? Peter Kosminsky, déjà auteur de Warriors et The Promise (Le Serment), s’est posé la question, et a voulu l’illustrer en écoutant des anciens djihadistes. Durant quatre épisodes, la série suit quatre protagonistes principaux, entremêlés dans les chapitres, qui représentent chacun une manière de rejoindre la guerre sainte. Les personnages se retrouvent à Raqqa, et pour les femmes en tout cas – mais au final, aussi les hommes –, ce sera l’enfer. En Grande-Bretagne, cette minisérie a subi des attaques d’une violence étonnante, jusqu’à l’accusation de complicité avec son sujet ou de propagande digne de l’ère nazie. Les mauvais critiques atteignent leur point Goodwin, les amateurs malins apprécient une fiction lucide.

Notre critique: «The State», l'Etat islamique raconté de l'intérieur dans une série TV 


4. Twin Peaks 3, de David Lynch et Mark Frost (Showtime)

En 25 ans, que sont devenus l’imaginaire labyrinthique de David Lynch, ses acteurs dans leur corporéité, et l’Amérique tout entière? Avec ses balades filandreuses, ses visages de l’agent Dale Cooper, ses secrets disséminés, la troisième partie a donné à cette année écoulée une coloration à la fois sombre et pastel. David Lynch a réussi à revenir dans sa cité forestière, creuser à nouveau sa mythologie en se perdant (ou presque), tout en ajustant et mettant presque à jour les résonances qui ont fait de Twin Peaks l’un des carrefours de l’imaginaire américain. Dans un registre proche, cette année a en sus été gratifiée de l’honnête adaptation du roman de Neil Gaiman American Gods.

Notre essai de tentative d'amorce de conclusion: «Twin Peaks», rendez-vous dans vingt-cinq ans

Retrouvez aussi notre reportage sur les terres de Twin Peaks.


5. Beau Séjour, de Nathalie Basteyns et Kaat Beels (VRT)

Le fantastique a longtemps nourri les séries TV. Puis les commanditaires ont fait marche arrière, craignant une absence de vraisemblance ou de trop grandes prises de risques face au genre relativement facile à manier qu’est le policier. Cette fois, le surnaturel revient; Stranger Things l’a confirmé en deuxième saison cette année, Dark a émis son signal nucléaire d’Allemagne, et l’on peut s’attacher à cette bizarre Beau Séjour. Une jeune femme morte se découvre dans son cadavre, peut bouger sans être vue sauf exceptions, et va investiguer sur ce qui lui arrive. Trempée dans la brume flamande, cette série a su s’imposer.

Rencontre avec deux des créatrices de la série: «Beau Séjour», 
mystère féminin du Plat Pays


6. Quartier des banques, de Stéphane Mitchell, Fulvio Bernasconi et Jean-Marc Fröhle (RTS)

Jusqu’ici, la RTS bouleversait gentiment son public en matière de séries, à la vitesse de la cuisson d’une raclette. Il ne fallait rien brusquer. Cela a donné d’intéressantes expériences de fiction un peu nouvelles (CROM, Station Horizon), avec toutefois une prudence légendaire par rapport aux milieux explorés. Voilà que l’on plonge la main dans les coffres des banques. Et c’est réussi: dans cette minisérie de six épisodes tournant autour de la tentative de meurtre d’un banquier vedette parmi les établissements genevois, le pari a été tenu. Coproduite avec la Belgique, jugée réaliste par des banquiers eux-mêmes, cette série a fait grimper une marche à la fiction romande.

Ses auteurs parlent de la série: Avec «Quartier des banques», les coffres-forts ont leur saga familiale


7. Taboo, de Steven Knight, Tom Hardy et Edward Hardy (BBC)

Dans les premiers plans, le héros a les mains dans la boue – et de la boue, il y en a partout dans Taboo, dans les âmes ou dans les affaires. Créée par l’acteur Tom Hardy – qu’elle glorifie – avec son père, le scénariste vedette Steven Knight et l’appui de Ridley Scott, Taboo raconte une période originale de l’Angleterre, le début du XIXe siècle. Un important personnage londonien longtemps exilé en Afrique revient en ville après la mort de son père. Il est confronté à l’appétit de la Compagnie des Indes orientales, vorace quand il s’agit de territoires. Une trame originale.


8. Le Bureau des légendes, saison 3, d’Eric Rochant (Canal+)

Pourquoi saluer le troisième chapitre des mésaventures de Malotru, Phénomène, Moule à gaufre ou Duflot? Parce que précisément, cette année 2017 et cette troisième saison ont consacré la fiction d’espionnage de Canal+. La capture par Daech du personnage incarné par Mathieu Kassovitz, à la fin de la saison 2, mettait les scénaristes sur une voie dangereuse, en termes de réalisme. L’équipe conduite par le créateur Eric Rochant a empoigné le problème – auxquels s’ajoutent les destins de Phénomène et de Nadia, sans parler de ce qui arrive à Duflot – avec une pertinence et un talent toujours aussi vifs.

La saison racontée par l'équipe: «Le Bureau des légendes», les espions que nous aimons


9. The Deuce, de David Simon et Georges Pelecanos (HBO)

Comment l’industrie du porno a grandi à New York dans les années 1970: le projet de The Deuce a son lot de luxure et de sulfure. Mais cette série a été conçue par David Simon (The Wire) et le romancier Georges Pelecanos, ce qui signifie qu’elle ne se limite pas au secteur scabreux du X. Histoires de drogue, importance de la dimension publique et économique, affaires immobilières: d’une manière parfois un peu floue mais toujours adéquate, The Deuce tient la chronique de la Grande Pomme dans ses années malsaines. Comme si elle était alors, malgré tout, un creuset d’une certaine modernité.

Nos premiers émois: «The Deuce», le ver dans la Grosse Pomme


10. 13 Reasons Why, de Brian Yorkey d’après Jay Asher (Netflix)

Les lycées américains, on connaît. Les marques de mépris dans les couloirs, les casiers en métal, les bécasses en pom-pom girls, les bellâtres crétins: cette mythologie n’en finit pas de générer des fictions qui fascinent toujours les autres régions du monde. Adaptée du roman de Jay Asher, la série développée par Brian Yorkey reprend tous ces attributs d’une maladive adolescence yankee… pour rendre celle-ci encore plus cruelle. Une lycéenne s’est suicidée, et elle convoque, au travers de propos enregistrés, tous ceux qui ont pu jouer un rôle dans son naufrage. Une narration en tiroir sert une vision acide de ces monstres à acné.

Pourquoi cette série est justement méchante: «13 Reasons Why», l’enfer lycéen 


Retrouvez tous nos articles sur les séries TV.

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