Javier Cercas, l’antidote au populisme


Javier Cercas est devenu célèbre avec Les soldats de Salamine, paru en Espagne en 2001. S’inspirant d’un fait réel, il remontait le cours de la guerre d’Espagne vu du côté républicain. Presque vingt ans et quatre romans plus tard, il publie en 2018 Le monarque des ombres.

Cette fois-ci, il ose regarder en face le passé franquiste de sa propre famille. En se basant sur les témoignages de ses proches, en étudiant les archives de son village natal en Estrémadure, il redonne vie à son grand-oncle, Manuel, tué à 19 ans dans les rangs phalangistes. Il le fait dans un seul but: tenter de comprendre comment ce jeune homme, épris de lectures et d’études, a pu se laisser empoisonner par la propagande fasciste? Comment ce «bon garçon» a choisi le mauvais camp? Si ce livre est bouleversant et important, c’est que Javier Cercas rappelle à chaque page que l’humain est complexe et que la littérature permet d’embrasser cette complexité. A l’heure où les discours simplificateurs du populisme ont la cote, l’écrivain rappelle qu’il faut connaître les erreurs du passé pour ne pas les reproduire au présent. Lisbeth Koutchoumoff Arman

Javier Cercas, Le monarque des ombres, trad. de l’espagnol par Aleksandar Grujicic et Karine Louesdon, Actes Sud, 320 p.


Des abeilles et des hommes

C’est la surprise de l’année. L’Anglaise Sara George retrace avec force et délicatesse l’étonnante histoire du duo formé par le Genevois François Huber, aveugle depuis ses 17 ans (1750-1831), et son assistant, le Vaudois François Burnens (1760-1837). Ensemble, ils bouleverseront la science des abeilles. LK

Sara George, L’apiculteur et son élève. Le fascinant destin d’un savant genevois aveugle et de son habile assistant vaudois. Trad. de l’anglais par Patrick Hersant, Slatkine, 342 p.


Femmes et anarchistes

Elles étaient dix petites anarchistes et à la fin il n’en resta plus qu’une… Daniel de Roulet, riche d’un voyage sur les traces de l’émigration suisse au XIXe siècle, a composé cette fiction documentée sur dix jeunes femmes parties de Saint-Imier pour la Patagonie avec l’intention de vivre là-bas au plus proche de leurs idéaux libertaires. LK

 

Daniel de Roulet, Dix petites anarchistes, Buchet/Chastel, 144 p.


Une histoire de rhinocéros

Mi-comique, mi-mélancolique, Ganda d’Eugène est une farce sur les humains, les animaux, et la façon dont le pouvoir rend fou les premiers au point de tuer tout être vivant par démesure et par ennui. Le point de départ du récit? L’arrivée à Lisbonne en 1515 d’un rhinocéros qui inspira à Albrecht Dürer sa célèbre gravure. LK

Eugène, Ganda, Slatkine, 176 p.


Fou dans la guerre

Alfa se tient aux côtés de son ami Mademba qui agonise. Venus du Sénégal, les voilà dans les tranchées de la Grande Guerre. Ainsi débute Frère d’âme, de David Diop, Prix Goncourt des lycéens. Pour survivre à la folie générale, Alfa va déployer, sur un rythme de ritournelle macabre, une folie bien à lui. LK


David Diop, Frère d’âme, Seuil, 176 p.


Un frère et une sœur

Le poète Gustave Roud et sa sœur Madeleine dans leur ferme de Carrouge. Tel est la chair même du roman de Bruno Pellegrino. Comment deux êtres ont vécu dans les rituels d’une vie ordonnée, la sœur soutenant le frère, au rythme des saisons. L’essentiel se trouvant dans l’infime des jours, dans le cycle des fleurs. LK

Bruno Pellegrino, Là-bas, août est un mois d’automne, Zoé, 224 p.


Chien-Loup

Avec Chien-Loup, Serge Joncour emmène ses lecteurs dans des jungles occidentales, tout près de nous, et pourtant au cœur des ténèbres. Une histoire de fauves et d’amour, un beau roman, récompensé par le Prix Landerneau des lecteurs 2018. Éléonore Sulser

Serge Joncour, «Chien-Loup», Flammarion, 478 p.


Les billes du pachinko

Après Hiver à Sokcho, c’est l’été à Tokyo dans Les billes du pachinko, second roman d’Elisa Shua Dusapin. Rien de pittoresque pourtant dans ce récit qui creuse entre l’Occident et l’Extrême-Orient, qui scrute les failles, dessine l’exil, dit, par touches subtiles, le fossé des générations et des langues. E. SR

Elisa Shua Dusapin, Les billes du pachinko, Zoé, 144 p.


Microfictions 2018

Régis Jauffret dispense une fois de plus, en encyclopédiste de l’imaginaire, ses petites leçons cruelles et surréalistes. Le second tome des Microfictions déroule sur plus de 1000 pages sa prose sardonique et jubilatoire qui lui a valu le Prix Goncourt de la nouvelle. E. SR

Régis Jauffret, Microfictions 2018, Gallimard, 1024 p.


Sorcières, la puissance invaincue des femmes

Michelet avait magnifié la sorcière, Mona Chollet la réveille et s’arrange pour que toute lectrice partage ses pouvoirs. Sorcières, la puissance invaincue des femmes est un essai à la fois très personnel et très stimulant. E. SR

Mona Chollet, Sorcières, la puissance invaincue des femmes, 240 p. La Découverte


Le meurtre du commandeur

Quel lien y a-t-il entre un portraitiste et un tueur de la mafia à la retraite? On trouvera la réponse dans Le meurtre du commandeur, nouveau roman-fleuve en deux tomes, de Haruki Murakami. Revoici le maître japonais et ses récits entre ombre et lumière, slalomant entre les fantômes, explorant les tréfonds et interrogeant magnifiquement l’énigme de la création. E. SR

Haruki Murakami, Le meurtre du commandeur, 2T, trad. Hélène Morita et Tomoko Oono, Belfond, 456 et 476 p.