«Portrait de la jeune fille en feu», de Céline Sciamma

Sur une île bretonne, à la fin du XVIIIe siècle, Marianne (Noémie Merlant) est mandatée pour faire le portrait d’Héloïse (Adèle Haenel). Le modèle se dérobe d’abord, puis se lie d’amitié avec celle qui l’observe, avant de s’abandonner au feu de la passion. Marianne est confrontée à un dilemme: elle met tout son cœur à peindre Héloïse en sachant qu’à travers ce tableau de mariage, elle la perd. Grande histoire d’amour fou, manifeste féministe, proclamation de sororité, hommage aux femmes artistes dont l’histoire a dédaigné le travail, ce film d’une rare perfection formelle témoigne d’une maîtrise exceptionnelle de la narration, de la mise en scène, de la direction d’actrices. Exaltante, bouleversante, la scène du sabbat sur la lande, avec ses chants montés du fond des âges et cette flamme qui mord la robe d’Héloïse, touche au sublime. Céline Sciamma est une immense réalisatrice. A. Dn

Flamme, ton nom est femme


«Parasite», de Bong Joon-ho

A la faveur de sa Palme d’or obtenue à Cannes, le septième long métrage du génial Bong Joon-ho a permis au cinéaste coréen d’être enfin célébré par un large public. Parasite est non seulement un formidable jeu de massacre voyant une famille pauvre vampiriser une villa bourgeoise, mais aussi une virulente satire sociale. Doublée d’une véritable leçon de mise en scène S. G.

Tragique mélodie en sous-sol bourgeois


«Roubaix, une lumière», d’Arnaud Desplechin

A Roubaix, ville sinistrée, le commissaire Daoud (Roschdy Zem au sommet de son art) cherche l’humanité au fond des criminels les plus endurcis. Enquêtant sur l’assassinat d’une octogénaire, il se confronte à deux paumées, Claude et Marie (Léa Seydoux et Sara Forestier, prodigieuses), ayant touché le fond de la misère morale. Pour sa première incursion dans un film de genre, l’orfèvre des biographies romanesques signe un chef-d’œuvre d’une bouleversante densité. A. Dn

Si épaisse que soit la nuit…


«Douleur et Gloire», de Pedro Almodóvar

Voilà quarante ans que le cinéaste madrilène nous enchante avec des mélodrames passionnels et littéralement hauts en couleur par leur géniale utilisation d’une esthétique pop. Trois ans après Julieta, il confirme son regain de créativité avec un film librement autobiographique et follement bouleversant. Il y offre au fidèle Antonio Banderas le plus beau rôle d’homme qu’il n’ait jamais écrit, lui qui a toujours si bien filmé les femmes. S. G.

Gloire passée, douleurs actuelles


«Les Oiseaux de passage», de Ciro Guerra et Cristina Gallego

Tout commence par une danse nuptiale, quand Zaida drapée de voiles rouges bat des ailes devant ses prétendants. Tout finit dans la désolation et le silence de la mort. Les réalisateurs racontent dans des couleurs flamboyantes comment, au cours des années 1970, le trafic de stupéfiants a détruit les cultures traditionnelles de Colombie. Un souffle puissant passe sur cette épopée peuplée de fantômes et d’oiseaux envolés. A. Dn

«Les oiseaux de passage» évoque l’essor des narcotrafiquants


«Les Particules», de Blaise Harrison

On connaissait le talent de documentariste et de chef opérateur de Blaise Harrison. Cette année, à Cannes, le Franco-Suisse s’est révélé en cinéaste surdoué. Filmé dans un Pays de Gex dont il a magnifiquement su capter l’étrangeté, Les Particules est un grand film sur l’adolescence, ses vertiges et ses promesses, ses doutes et ses émois. Tournée avec des comédiens amateurs, sa première fiction est une merveilleuse chronique sociale qui ose se frotter au fantastique. S. G.

L’énergie sombre de l’adolescence


«Joker», de Todd Phillips

Le pire ennemi de Batman a droit à une escapade solo. Le ci-devant bouffon grotesque revient en damné de la terre, cachant sa misère sous un sourire peint. Souffrant de problèmes psychiques, le déclassé se mue en vengeur des laissés-pour-compte, catalyse les émeutes urbaines et règne sans conteste sur le chaos universel. Incarné avec une intensité effrayante par Joaquin Phoenix, le Joker n’a jamais été aussi réaliste, aussi en phase avec son époque. A. Dn

Rire à mort au cinéma avec le Joker


«Les Misérables», de Ladj Ly

Une banlieue, trois flics, des ados, une bavure. Cofondateur en 1994 du collectif d’activistes cinématographiques Kourtrajmé, Lady Ly signe à 39 ans son premier long métrage. Inspiré par son vécu, Les Misérables est un film sous haute tension dont on ressort exsangue. On ressent le même choc que face au fondateur La Haine il y a vingt-quatre ans. S. G.

Shérif tu ne me fais pas peur


«La Reine des neiges II», de Chris Buck et Jennifer Lee

Variation inspirée sur un des plus beaux contes d’Andersen, cette somptueuse suite aux aventures des princesses d’Arendelle se pare des couleurs de l’été indien et s’avère merveilleusement givrée. Elsa entend une plainte montée du passé et, avec une berceuse pour seul bagage, part réparer une ancienne injustice. Ce récit initiatique empreint de gravité et de mélancolie n’oublie pas l’humour avec Olaf, le bonhomme de neige. A. Dn

«La Reine des neiges II» cueille les plus belles fleurs de l’hiver


«J’accuse», de Roman Polanski

En 1894, le capitaine Alfred Dreyfus, accusé à tort de haute trahison, est condamné au bagne à perpétuité. En 2019, Roman Polanski s’empare de cette affaire pour signer un film historique virtuose (avec un extraordinaire Jean Dujardin) et nécessaire en ces temps de nationalismes exacerbés. Rattrapé par des accusations de viol, le cinéaste tire sa probable révérence avec un de ses meilleurs films. S. G.

Quand Polanski relit «J’accuse»

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