Aucun festivalier ne jettera la pierre à Sean Penn lorsque celui-ci regrette qu'il n'y ait pas eu davantage de comédies en compétition (lire ci-contre). Hormis quelques joyeux instants de comique involontaire - les apparitions du fantôme de Laura Smet dans La Frontière de l'aube de Philippe Garrel ou le dernier Wim Wenders, Rendez-vous à Palerme, de la première à la dernière image -, Cannes 2008 n'aura guère ri, témoin d'un inquiétant instantané du monde.

Les enfants sacrifiés

«Si tu as peur de mourir, fallait pas naître», crache un enfant-soldat du Liberia dans l'éprouvant Johnny Mad Dog du Français Jean-Stéphane Sauvaire présenté dans la section Un Certain Regard. En Compétition, le sort des petits n'est guère plus enviable. Dans L'Echange de Clint Eastwood, ils sont enlevés et tués à la hache par un tueur en série. Dans Leonera de l'Argentin Pablo Trapero, ils grandissent en prison avec leurs mères et, dès l'âge de 4 ans, leur sont arrachés pour être placés dans des familles d'accueil. Dans Les Trois Singes du Turc Nuri Bilge Ceylan ou Un Conte de Noël d'Arnaud Desplechin, leurs parents ne les aiment pas. Dans Waltz with Bashir de l'Israélien Ari Folman, ils sont massacrés à Sabra et Chatila. Dans Serbis du Philippin Brillante Mendoza, ils grandissent parmi les prostituées. Dans Gomorra de l'Italien Matteo Garrone, ils sont abattus par la mafia. Dans Le Silence de Lorna des frères Dardenne, ils ne peuvent naître et leurs mères, empêtrées dans des mariages blancs, sont poussées à l'avortement. Dans Adoration du Canadien Atom Egoyan, un adolescent cherche à comprendre pourquoi, alors qu'il était encore dans le ventre de sa mère, son père était prêt à se faire sauter en Israël...

La disparition et l'oubli

Le Festival de Cannes s'est ouvert, mercredi 14 mai, sur L'Aveuglement, l'adaptation, par le Brésilien Fernando Meirelles, du roman de José Saramago, Prix Nobel portugais, où l'humanité entière perd la vue. Mauvais, ce film a toutefois lancé une thématique de la disparition et de l'oubli: des enfants donc (en particulier chez Eastwood), mais aussi d'un mari (chez Bilge Ceylan), de l'espoir (dans Entre les murs de Laurent Cantet sur l'intégration à l'école), d'un amour (chez Garrel et dans Two Lovers de l'Américain James Gray). Des idéaux aussi, politiques surtout, qu'il s'agisse des rêves de guérilla du Che par Steven Soderbergh ou de la démocratie dans Il Divo, le formidable portrait satirique de Giulio Andreotti par Paolo Sorrentino.