Rarement une saison du Théâtre de Vidy aura été aussi riche: 39 spectacles! Jamais elle n’aura été aussi longue – dernière représentation le 6 juillet. Dans son bureau, l’autre après-midi à Lausanne, René Gonzalez dit qu’il est fier. Comme chaque année au creux de l’hiver, il invite à découvrir les pièces qu’il a ajoutées à sa programmation. Lui seul, en Suisse romande, pratique ainsi. En juin, il présente les deux tiers de son affiche; en décembre, les nouveaux invités. «Oui, je suis fier, parce qu’il y a beaucoup de noms inédits ici et des territoires artistiques que nous n’avions jamais explorés, avec des créateurs qui viennent de Kiev et de Moscou.»

La rentrée d’hiver de Vidy est un banquet pour fourchettes athlétiques. Deux créations dès la semaine prochaine: Lettre au père de Kafka, avec Jean-Quentin Châtelain, et Du Coq à Lasne, écrit et joué par Laurence Vielle, artiste belge timbrée – mais merveilleusement. Suivra Hans was Heiri, création très attendue, mardi 17 janvier, du danseur Martin Zimmermann et du musicien Dimitri de Perrot. Cette paire vertigineuse a imaginé une roue géante – de 8 à 9 mètres! – dans laquelle tourneront leurs interprètes. La suite de l’année 2012 est à l’avenant. Presque au hasard, on demande à René Gonzalez de raconter cinq de ses trouvailles.

Belkheïr ou une carte ne vous sauve pas la vie pour rien

«Belkheïr Djénane est un as des cartes. C’est un magicien professionnel qui collectionne les prix. C’est un copain qui m’en a parlé. Je l’ai rencontré dans un bistrot, il m’a fait des tours, j’étais scotché. Ce qui nous a intéressés, c’est d’inscrire cette pratique dans un dispositif poétique. Nathalie Papin a écrit un texte pour lui. Le spectacle va naître ici.» (du 25 janvier au 11 février)

Hilum

«J’ai vu Hilum dans un ha-meau en France, pas loin de Montluçon. Nous étions une trentaine à peine dans une ferme, devant des marionnettes captives d’une machine à laver. C’était d’une beauté plastique à tomber. J’ai rencontré ensuite le concepteur du ­spectacle, Patrick Sims, un ­Américain bourré d’humour qui a fait une thèse sur Alfred Jarry. L’idée, c’est de le faire connaître ici avec ce spectacle avant de lui ­proposer une création l’année prochaine. Hilum est enfantin et politique.» (du 8 au 26 février)

L’Histoire du soldat

«C’est un compagnonnage qui commence avec Roland Auzet, un homme de théâtre musicien. Il est très connu comme percussionniste et vient de prendre la direction d’un théâtre à Oullins, près de Lyon. Il me parle de son envie de monter L’Histoire du soldat de Stravinski et de Ramuz avec Thomas Fersen. Je connaissais le chanteur de réputation. Je vais l’écouter à Annecy et je découvre un conteur d’exception. Je propose à Roland Auzet de travailler avec les jeunes musiciens de la Haute Ecole de musique de Lausanne. Et c’est ainsi que la production a pris forme.»

Le syndrome d’Orphée

«Je suis beaucoup allé à Moscou, bien avant la glasnost. Là-bas, j’ai un grand ami, Valery Shradin qui est le patron du Festival Tchekhov. Il réussit à monter un festival incroyable, avec des moyens modestes et les plus grands noms de la scène, Peter Stein, Bob Wilson, etc. Cela fait un certain temps qu’il me parle de Vladimir Pankov, un jeune artiste. L’été passé, je fais un saut à Moscou et j’assiste à l’une de ses répétitions. Quand on se rencontre, il me parle de son envie de faire un spectacle à partir de textes de Maïakovski et de Jean Cocteau. Il imagine une pièce avec des acteurs-musiciens russes et des danseurs qu’il n’avait pas encore choisis. Je lui dis que nous avons à Lausanne de quoi le satisfaire. Il a auditionné quatre danseurs de l’école Rudra et une jeune chanteuse de la région recommandée par Eric Vigier, le directeur de l’Opéra de Lausanne. Nous jouerons la pièce à Lausanne, à Paris sans doute et à Moscou à coup sûr.» (du 19 au 30 mars)

Vïï – le roi terre

«Vladislav Troïtskyi, je l’ai découvert au Festival Passage à Metz. C’est un homme qui a fait des études très poussées et qui a fait fortune. Il a acheté un théâtre à Kiev et entretient une troupe. J’y ai vu son Roi Lear, spectacle formidable, dans une salle improbable qui peut accueillir 50 à 60 personnes, une salle à l’ancienne avec des couloirs étroits qui n’arrêtent pas de tourner, des samovars ici et là. J’ai été subjugué par l’atmosphère, la poésie, les violons. Il y avait une folie dans tout cela. Je revois un spectacle de Vladislav Troïtskyi à Metz, je lui demande ce qu’il veut faire. Il me parle d’une nouvelle de Gogol. Nous avons trouvé des partenaires, le Théâtre de la Ville à Paris. La pièce sera jouée par une vingtaine d’acteurs et de musiciens, une distribution énorme encore une fois cette saison à Vidy.» (du 29 mai au 10 juin)

Rens. www.vidy.ch