théâtre

L’apprentissage de l’amitié, entre ciel bleu et orage

«Loulou» au Théâtre de marionnettes de Genève

L’auteur et illustrateur Grégoire Solotareff en est convaincu, le jeu surpasse de très loin l’école comme vecteur de la transmission des savoirs. Le jugement pourrait paraître péremptoire, mais l’ancien médecin reconverti dans la littérature pour la jeunesse parle d’expérience: il n’a été scolarisé qu’à l’âge de 12 ans. Les personnages nés sous sa plume sont ainsi souvent réunis – malgré leurs différences – par le jeu. L’idée avait déjà séduit les Genevoises Laure-Isabelle Blanchet et Chine Curchod, qui avaient adapté Ne m’appelez plus jamais mon petit lapin, une rébellion à hauteur d’enfant très joliment portée à la scène. Encouragé par le bon accueil de l’auteur, le duo s’est emparé de Loulou, à voir ces jours au Théâtre des Marionnettes de Genève. Un spectacle de marionnettes inventif, tendre et interprété avec doigté, sur la solitude et l’amitié.

Une scène inaugurale: un loup un peu crooner, entouré d’un chœur de lapins furtifs. La cohabitation serait-elle possible? On n’ose y croire. Qui se douterait, plus loin, que Loulou le loup, initié aux rudiments de la chasse par un oncle (certes) malhabile, se liera d’amitié avec un lapin? L’impensable advient pourtant, après un drame. Le tonton, fracassé sur un rocher, succombe à ses blessures. Cette scène, où Loulou, incrédule, s’allonge à côté de la dépouille de son aîné, est d’une simplicité poignante. On passe du rire à l’émotion recueillie, dans un souffle. C’est là que Loulou débusque Tom dans son terrier. Un lien profond entre ceux que tout devrait séparer se tisse ainsi, au fil d’émouvantes séquences de partage de savoirs (la lecture, la pêche ou la course).

Dans un décor aux lignes franches et aux couleurs vives – fidèle à l’esthétique de Solotareff – Chine Curchod et Laure-Isabelle Blanchet manipulent à vue les marionnettes en mousse latexée façonnées par Pierre Monnerat. Les comédiennes alertes, deux cow-boys tout de noir vêtus, chantent en chœur ou en solo des mélopées d’inspiration country (la musique de Julien Israelian, Philippe Koller et Pierre Omer est savoureuse) en se fondant dans le paysage désertique figuré par un plateau au jaune éclatant, amovible à l’envi. D’où une belle fluidité dans le passage d’une scène à l’autre. Trappes et tirettes font surgir une rivière où on taquine le goujon, ou une chambre d’enfant, théâtre d’un cauchemar saisissant – une immense gueule de loup en acier prête à dévorer une proie sans défense. Cette proie, c’est Tom, reclus après avoir joué à «Loup y es-tu?» avec son camarade, soudain perçu comme un prédateur. L’amitié n’est pas un chemin pavé de roses, nous dit Solotareff. Mais la confiance peut renaître de ses cendres, à tout moment.

Loulou . Théâtre des Marionnettes de Genève, jusqu’au 23 mai. Dès 4 ans. 022 807 31 07.

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