Approchant de son terme, la série «Musique d'un siècle» de l'Ensemble Contrechamps genevois consacrait mardi son 16e volet à l'«Expérience du temps». Soit la manière dont certains compositeurs du XXe siècle ont su conserver, contre vents et marées, l'expressivité d'une parole musicale autonome, hors de toute chapelle esthétique. A ce jeu de solitaire, les participations diffèrent. Tandis qu'à l'Est, Chostakovitch ou Schnittke confrontent la voix frêle de l'individu à d'étouffantes masses orchestrales, d'autres tels Britten, Dutilleux ou Berio, les trois au programme du concert, optent pour une position de retrait, trouvant dans la réduction des effectifs le salut d'un lyrisme hérité du post-romantisme.

De la Suite pour violoncelle seul N° 3 de Britten (excellent Daniel Haefliger) à la parole libératrice de Martin Luther King célébrée par les Beatitudines de Petrassi (magnifique interprétation du baryton Martin Burns), la lutte entre l'être libre et le pouvoir dominant revêt des échos particulièrement poignants dans les lectures tendues et âpres qu'en livrent les musiciens de Contrechamps – ceci en dépit de l'acoustique quelque peu amollissante du Conservatoire de Genève. Et lorsqu'en pleine Sequenza IX de Berio, une simple goutte de salive interrompt dans son jeu le clarinettiste René Meyer, c'est toute la difficulté de faire entendre cette ligne brisée qui nous revient au visage, incarnation fortuite des risques encourus par une parole libre au cœur d'un siècle agité.