Sept fois? Huit fois? Monique Jacot a perdu le compte de ses voyages au Yémen. Mais une chose est sûre: lorsque l’avion se mettait à manœuvrer pour trouver la piste à 2300 mètres d’altitude, en voyant s’approcher par le hublot le paysage de sable et de rocailles, c’était le même sentiment qui dominait. «C’est un peu inexplicable, mais je me sentais revenir à la maison», raconte-t-elle. En Suisse, Monique Jacot va surtout connaître la notoriété pour ses travaux consacrés à la condition des femmes, à leur quotidien et à leurs mouvements de protestation. Mais en attendant, à Sanaa, la capitale yéménite, la voyageuse neuchâteloise a déjà ses habitudes, à peine l’avion posé: «Le personnel de l’hôtel était aux petits soins avec moi. Au fil des années, j’étais devenue leur petite protégée.»

Nous sommes alors au début des années 1980, et les femmes photojournalistes – de celles qui parcourent la planète et qui vendent leurs reportages à des magazines internationaux – ne sont pas légion en Suisse, c’est le moins qu’on puisse dire. Monique Jacot est déjà une photographe confirmée, lauréate du Prix fédéral des arts appliqués, multipliant les publications dans les journaux, alignant les missions pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS), et familière de surcroît du monde arabe. Mais le Yémen, c’est encore une autre paire de manches. Le pays reste l’un des plus fermés et inaccessibles de la planète, verrouillé par ses dirigeants pour ne pas en gâter les traditions et l’authenticité, mais surtout pour mieux en garder le contrôle. Le simple fait d’obtenir un visa tient de l’aventure: le Yémen n’a pas même d’ambassade en Suisse, et il faut passer par l’Allemagne.