Cinéma

«Tout l’argent du monde», ou la rançon de l’avarice

Ridley Scott revient sur l’enlèvement de John Paul Getty III, en 1973. Une histoire passionnante, un film correct

En 1973, à Rome, la mafia calabraise kidnappe John Paul Getty III, 16 ans. Une demande de rançon de 17 millions de dollars est adressée à son grand-père, J. Paul Getty, industriel milliardaire, considéré comme l’homme le plus riche de la planète. Celui-ci refuse de payer, histoire de ne pas susciter de vocations chez les malfrats. Les ravisseurs s’impatientent, coupent l’oreille du captif pour faire pression. La somme est revue à la baisse et le vieil avare accepte d’avancer l’argent: 2,2 millions sont déductibles des impôts, les 800 000 restants sont un prêt à 4% consenti au père de l’adolescent.

Redescendu des étoiles (Seul sur Mars, Alien: Covenant), revenu des délires bibliques (Exodus: Gods and Kings), Ridley Scott renoue avec le réalisme terrestre en portant à l’écran ce fait divers qui a marqué les années 70. Il peine à entrer dans le vif du sujet: si la première scène est celle du rapt, le réalisateur fait ensuite de nombreux détours par le passé – J. Paul Getty en Arabie au début du XXe siècle, l’enfance de son petit-fils à New York au sein d’une famille qui tire le diable par la queue, le déménagement à Rome, la rencontre de l’enfant et du riche vieillard…

A propos du précédent film de Ridley Scott: «Alien: Covenant» remonte aux origines du cauchemar

Par ailleurs, le cinéaste britannique, venu de la publicité, n’est jamais en reste quand il s’agit de lécher un plan, de pousser jusqu’à la maniaquerie la reconstitution historique et de régler les lumières comme pour un contre-jour d’opéra. Extrêmement bien ficelé, le remplacement in extremis de Kevin Spacey le pestiféré par Christopher Plummer peut engendrer un léger sentiment d’irréalité.

C'est Picsou que l'on crucifie

Mais l’affaire est passionnante et le film trouve son rythme, suivant alternativement les parties en présence. D’un côté, le jeune John Paul Getty III, désespéré, bientôt mutilé, moisit chez ses cerbères, une bande de brutes dont se dégage la figure de Cinquanta (Romain Duris), personnage complexe tiraillé entre empathie et code d’honneur. De l’autre côté, Gail Harris (Michelle Williams), la mère, se démène pour faire fléchir le vieillard avaricieux. Elle est accompagnée dans ses démarches par Fletcher Chase (Mark Wahlberg), un ancien de la CIA qui arrange les bidons de J. Paul Getty et finit par renier son boss, l’excommunier d’un cinglant «Avec tout l’argent du monde, vous restez un vieux fils de pute!». La morale est sauve.

L’histoire s’est bien terminée, l’adolescent a été relâché – il n’a toutefois jamais réussi à surmonter le traumatisme et a connu des problèmes d’alcoolisme et de drogue qui ont fini par le tuer. Pour crucifier le Picsou, Ridley Scott lui réserve une fin renvoyant à celle de Citizen Kane: le vieillard erre dans les couloirs de son Xanadu en appelant à l’aide des gens qui ne viendront pas. Il meurt dans son fauteuil en serrant contre lui une Vierge à l’enfant, tableau volé dont il a acquis à prix d’or la jouissance égoïste.


Tout l’argent du monde (All the Money in the World), de Ridley Scott
 (Etats-Unis, 2017). Avec Michelle Williams, Mark Wahlberg, Christopher Plummer, Romain Duris, Timothy Hutton, Charlier Plummer. 2h12.

Publicité