Les acteurs argentins de renommée internationale ne sont pas légion. C'est donc avec une tristesse particulière qu'on a appris le décès samedi d'Ulises Dumont, des suites de problèmes cardiaques. Comédien prolifique de théâtre, de cinéma (80 films) et de télévision, ce petit géant restera à jamais comme Yepeto, le professeur de littérature de la pièce éponyme de Roberto Cossa, créée en 1987, jouée plus de 1500 fois sur scène et finalement portée à l'écran en 1999.

Né à Buenos Aires en 1937, Dumont avait débuté au théâtre à 20 ans. Mais ce n'est qu'à 40 qu'il réussit vraiment à percer. Dans un trio de films mémorables signés Adolfo Aristarain, La Part du lion, Le Temps de la revanche et Derniers jours de la victime, il est un peu le Sancho Pança du Don Quichotte Federico Luppi. Un collègue dont il croisera encore souvent la route - jusqu'à épouser sa fille en secondes noces.

C'est Eduardo Calcagno qui lui offre ses rares premiers rôles, lui valant d'être distingué à San Sebastian (Los Enemigos), La Havane (El Censor) ou Miami (Yepeto). Mais la plupart des autres cinéastes notables des années 1980-1990 ont aussi recours aux services de ce petit homme au visage rond et chauve: Hector Olivera (Une sale petite guerre), Carlos Sorin (La Pelicula del rey), Fernando Solanas (Sur), Alejandro Agresti (Le Vent en emporte autant) ou Juan José Campanella (Même amour, même pluie).

«C'était un bon vivant, chaleureux, modeste et doté d'un grand sens de l'humour, malgré une vie sentimentale assez compliquée», se souvient sa cousine Patricia Dumont, responsable du cinéma Bio 72 à Carouge. Pionnier d'un style de jeu plus naturel, Ulises Dumont se vit à son tour snober par l'actuelle «nouvelle vague» argentine. Pour autant, il n'arrêta pas de tourner, souvent aux côtés de son fils Enrique, obtenant encore de jolis succès avec Rosarigasinos ou Conversaciones con mamá.