L’écrivain de langue allemande Rainer Maria Rilke (1875-1926), qui vécut à Veyras, en Valais, de 1921 à sa mort, fut enrôlé au début de la Première Guerre mondiale, mais il reviendra rapidement à la vie civile. Il en ramena néanmoins Cinq Chants, où il ne partage de loin pas l’exaltation générale, vertement critiquée aussi par Romain Rolland. Horrifié par ce conflit, il en sera et restera un farouche adversaire.

Quoi donc de plus normal que d’évoquer sa figure lors du colloque que l’Université de Genève organise ce mardi 11 novembre 2014 de 9h à 19h, à Uni-Bastions (salle B106, programme complet ici, en PDF)? Ce sera en effet un des hauts personnages de la vie culturelle de l’époque dont la Faculté des lettres se souviendra lors de cette manifestation intitulée «Les Bastions remémorent la Première Guerre mondiale: textes, images, musique et documents de la guerre 1914-1918».

Le cœur et l’esprit

Impossible d’énumérer ici, comme le veut la formule consacrée à l’abrégé, tout le menu – assez gargantuesque, il faut bien le dire – de cette journée que les enseignants de la Fac de lettres genevoise ont cuisinée et qu’ils veulent délibérément «ouverte à tous dans un esprit de partage et d’enseignement». Le cœur et l’esprit, en quelque sorte.

Pendant ces dix heures de discussion, avec une pause déjeuner de 12h30 à 14h et une autre de 16h à 16h30, ils entendent «faire découvrir des images, des textes, des traces de ce conflit et montrer comment» toutes sortes d’expressions «ne cessent de nous parler, au présent». Ajoutant que «la nouveauté de cette guerre qui en compte plus d’une, et des plus monstrueuses, est aussi, peut-être, dans la rencontre qu’elle a provoquée entre des formes sauvages de mort et des artistes». La date du 11 novembre n’est évidemment «pas fortuite», puisqu’elle évoque la fin des hostilités, il y a 96 ans, soit la signature de l’armistice de 1918.

Franju, Roud et les autres

Parmi ces interventions qui en valent toute la peine, on conseillera peut-être celle de Michel Porret, à 9h15, à propos de la mémoire des Gueules cassées par le biais du film Hôtel des Invalides de Georges Franju (1952); ou celle de Guy Poitry, à 11h30, sur l’écrivain vaudois Gustave Roud et «l’emploi du temps»; ou encore celle de Juan Rigoli, à 14h, sur «les futuristes, la guerre et l’hygiène du monde». Mais ce serait faire injure aux quelque 20 autres conférenciers de la journée que de les oublier, ce que nous sommes malheureusement obligés de faire ici.

La journée sera ponctuée, à 18h30, d’un concert proposé par le musicologue Brenno Boccadoro, qui sera consacré à l’œuvre de l’Américain James Reese Europe (1880-1919), musicien, arrangeur, compositeur et bandleader spécialiste du ragtime, dont il a participé à l’introduction en Europe. Celui-ci présente la particularité d’avoir vécu les choses de près, en tant que soldat du 369e régiment d’infanterie. Il est mort poignardé en 1919 dans une dispute avec l’un des membres de son groupe.