Tom Wolfe, le mouton noir tout de blanc vêtu des lettres américaines, n’est pas seulement le cultissime auteur du Bûcher des vanités. Il est l’un des pionniers du «Nouveau Journalisme», une manière de saisir l’air du temps en mêlant la subjectivité de l’observateur et la réalité qu’il décrit. Inventé au début des sixties, cet art de percevoir les êtres et les choses se retrouve dans Où est votre stylo? une anthologie des chroniques et des portraits réalisés par Wolfe entre 1962 et 1968 pour les magazines de son pays.

Prose électrique

Au programme, toute la fièvre d’une décennie partagée entre le désir de provoquer et celui de sortir du rang: de sa prose électrique, Wolfe épingle le petit monde de la mode et de la politique, de l’art et des affaires, une valse des ambitions où il s’agit «d’arriver tout de suite, un cri vibrant qui brûle tellement de cœurs new-yorkais, comme une inflammation du myocarde».

Entre deux coups de griffes, Wolfe met aussi en scène les célébrités rencontrées au détour de ses reportages. Cary Grant, harcelé par de vieilles groupies. Cassius Clay, au faîte de sa gloire. Mick Jagger en concert. Hugh Hefner, le patron de Play-Boy rattrapé par la paranoïa à force de traquer l’info, jour et nuit. Le mannequin Jane Holzer, le «glamour pur» sous sa coiffure choucroute et quelques autres suffragettes gavées de silicone. Autant de «tranches d’Amérique» servies par un observateur amusé, souvent complice mais jamais dupe.

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Tom Wolfe, «Où est votre stylo?», trad. de l’américain par Bernard Cohen, Pocket, 452 p.