Presque le même. En plus sombre, plus classe et recouvert d’un voile métallique. L’Arsenic ne ressort pas métamorphosé des deux ans de travaux voulus par la Ville de Lausanne, même si le corps central du bâtiment a été démoli et reconstruit. C’est que, fidèle à sa ligne qui privilégie le confort des artistes sur le geste architectural, le bureau Pont12 a consacré l’essentiel du budget – 12 millions de francs – à remettre le lieu aux normes légales et, surtout, à le rendre idéal pour la chose théâtrale.

Avec ses deux salles aux équipements techniques dernier cri, ses trois espaces de répétition et sa circulation fluide, le centre d’art scénique lausannois peut désormais remplir sa mission: accompagner la création contemporaine dans les meilleures conditions. Une réussite qui réjouira le Théâtre de Carouge. C’est également le bureau Pont12 qui planche sur la reconstruction intégrale de la salle genevoise à l’horizon 2017.

«Tramage». Avant de commencer la visite guidée avec Guy Nicollier, on ne connaissait pas le sens architectural de ce terme. Depuis, impossible de l’ignorer. Le tramage désigne le maillage orthogonal qui rythme la structure en acier et le remplissage de briques. Les fenêtres, nombreuses et alignées, font aussi partie du programme. A l’Arsenic, la trame de base est de 5,65 m et se répète au fil de ce bâtiment édifié en 1955 et dont la source d’inspiration est sans doute le célèbre architecte Ludwig Mies van der Rohe, dont les constructions se distinguent par leur sobriété et leur scansion.

Un exemple parlant? Le foyer de l’Arsenic, vaste espace élégamment rythmé par ses nombreuses vitres et ses structures en acier. Les habitués le retrouveront intact. En revanche, l’accès qui mène aux salles s’est ouvert. Avant les travaux, les deuxièmes étages des ailes sud et nord étaient dévolus à des classes ou ateliers professionnels sans lien avec le théâtre. Il avait donc fallu séparer les deux niveaux. Désormais, l’Arsenic est seul dans ses murs et les architectes ont pu dégager les accès qui mènent aux étages supérieurs.

S’impose donc au regard un escalier rudimentaire qui évoque les escaliers scolaires. Rien d’étonnant: initialement, l’édifice accueillait des apprentis du bâtiment. «On a conservé à dessein ce côté industrieux, explique Guy Nicollier, architecte. Plus qu’un lieu d’apparat, l’Arsenic est une fabrique théâtrale. Cet escalier vintage correspond bien à l’esprit du lieu.»

L’esprit du lieu. On le retrouve dans les salles centrales, grandes bénéficiaires des travaux. Au total, l’Arsenic compte quatre espaces de représentation. Ces deux salles, de 130 et 180 places, un laboratoire et un studio situés dans les ailes. Avant la transformation, les deux salles souffraient d’un plafond en voûte qui compliquait l’installation des projecteurs et des décors. Reconstruit à neuf sur les fondations du précédent édifice, le corps central qui accueille ces deux salles est passé de 4,50 m de hauteur à presque 8 m sous gril. L’avantage de cette reconstruction? L’installation d’un gril performant qui permet d’accrocher les projecteurs et les décors de manière simplifiée. Et la mise aux normes écologiques et sécuritaires de l’ensemble du bâtiment.

D’où le voile métallique ondulé et ajouré qui entoure l’Arsenic. A priori, on imagine que ce voile est une coquetterie destinée à rappeler le rideau de théâtre et à donner du cachet à ce grand cube ouvert sur la vallée du Flon. C’est vrai, mais ce n’est pas tout. Cette tôle trouée a une autre fonction. «Pour répondre aux normes thermiques, nous avons entouré le bâtiment de matelas isolants qui sont composés de matière meuble. Le voile protège ces matelas des agressions», détaille Guy Nicollier.

A ce stade de la visite, le sombre domine. Normal pour un théâtre qui a besoin de la nuit pour briller. Mais, pour respirer, un espace a lui aussi besoin de clarté. Les loges, l’administration et, plus encore, les salles de répétition remplissent cette fonction. Là, le blanc reprend ses droits et les épais planchers prévus pour les danseurs donnent une impression de chaleur. Sandrine Kuster, directrice comblée: «Depuis mon arrivée en 2004, j’ai demandé des travaux, car l’équipe s’épuisait dans des bricolages insensés. J’ai été très heureuse de voir que le Conseil communal de Lausanne a voté les 12 millions de budget à l’unanimité. C’est un bel hommage rendu à notre travail et à celui de mes prédécesseurs, Jacques Gardel, fondateur du lieu en 1989, et Thierry Spicher, directeur de 1996 à 2003, qui a véritablement négocié le virage contemporain qui est la marque de fabrique de l’Arsenic. Nous allons intensifier le suivi des artistes en résidence et le travail de médiation à destination du public.» Parce que grillage ne rime pas avec cage.

«Le Conseil communal a voté les 12 millions de budget à l’unanimité. C’est un bel hommage rendu à notre travail»