Des sourires épanouis, des rires, étouffés car on est tout de même dans un musée… L’exposition Faire surface, du Neuchâtelois Noyau, porte un regard décapant sur l’art abstrait, et le dissèque avec un humour très connaisseur. C’est l’un des bijoux présentés par le Festival BD-FIL à Lausanne, dans une salle du Mudac. Pour le reste, cette cinquième édition du festival a quitté le Flon réaménagé pour prendre ses quartiers à la Riponne, dominée par l’invraisemblable Palais de Rumine. Manifestement, les festivaliers sont ravis de ce changement d’air.

Noyau, Yves Nussbaum à l’état-civil, a décidé de donner une suite à son délicieux Musée réduit (120 chef-d’œuvre de l’art figuratif suisse du XXe siècle réinterprétés au format carte postale) lorsque les éditions Cadrat, de Genève, lui ont donné carte blanche pour leur unique livre annuel. La bande dessinée et Frederik Peeters (nos éditions d’hier) avaient déjà eu les honneurs de cette éditrice en 2004 avec Onomatopées.

«Mais reproduire l’art abstrait est trop facile, et peu identifiable pour bon nombre d’œuvres qu’on n’a pas dans la rétine», souligne l’artiste établi à Zurich. C’est pourquoi il a choisi de l’aborder de manière figurative, en les remettant dans leur contexte, ou en interrogeant leur nature d’œuvres d’art, en 73 petites gouaches réparties en cinq chapitres.

Dans Le Sexe des angles, Noyau s’amuse de certains tics ou de la façon dont les œuvres sont reçues. Un peintre aborde sa page blanche avec règle et équerre, alors qu’il a devant lui un modèle féminin tout en courbes… Ou cet autre qui s’irrite de sa manche tachée de peinture alors qu’il «exécute» une horrible toile tachiste… Ailleurs, Noyau peint des objets, ceux qui encombrent l’entrée de l’atelier de l’artiste zurichois Reto Boller, ou ceux qu’il croise au cours de promenades: une vasque en béton, des choux dans un jardin, un débarras de meubles au coin d’un trottoir… «Il s’agit de poser un regard sur quelque chose qui est là, et qui devient de l’art parce que c’est peint.»

Autre inventaire, celui des statues abstraites posées entre les années 50 et 80 dans des lieux publics: «C’est une forme de monuments qui disparaît, qui suscite souvent le débat et qui encombre un peu l’environnement. Zurich se demande s’il ne faudrait pas créer une sorte de cimetière pour ces œuvres d’art d’une autre époque.» Bien entendu, Noyau trouverait ça «absolument formidable»!

«Faire surface», de Noyau, au Mudac, Lausanne, jusqu’au 27 septembre (www.mudac.ch), et Editions Cadrat, 84 pages. BD-FIL, jusqu’à dimanche.