Conçue comme un hommage à cette manifestation importante qu’est la Biennale d’art contemporain de Dakar, aujourd’hui appelée Dak’Art, l’exposition du Manoir de la Ville de Martigny accueille, en ses murs et en divers autres lieux, une trentaine de plasticiens. Des plasticiens qui, par le biais de vidéos, de peintures et de sculptures, d’installations et de photographies, traitent de ce monde de violence, de l’histoire, du brassage des cultures, ainsi que de l’espoir. Nul doute que par ses exigences croissantes la biennale ait contribué à resserrer et aiguiser le propos de certains de ces artistes, venus du Bénin, de l’Ile Maurice, du Mali, de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Maroc, du Sénégal… Tous ont présenté des œuvres dans l’une ou l’autre des éditions successives, qui, de l’avis d’Hélène Tissières, curatrice de l’exposition et bonne connaisseuse de l’art africain actuel, ont connu un pic de qualité en 1996.

Parmi les œuvres marquantes, le film prenant que signe John Akomfrah à propos de deux dessins de Dürer, qui montrent respectivement un homme noir et une femme «maure» dont on ne connaît que le prénom, Katharina. Au fil d’images d’une grande beauté tournées dans la lande anglaise, l’artiste originaire du Ghana tente de percer, par les moyens de l’imaginaire, le mystère de ces modèles du peintre et graveur de Nuremberg. Du moins offre-t-il, à l’une de ces énigmes irréductibles dont l’histoire de l’art n’est pas avare, une nouvelle épaisseur romanesque. Artiste «atypique», puisqu’il fut mannequin de profession, Fabrice Monteiro, qui vit aujourd’hui à Dakar, propose des photographies issues de mises en scène savantes et efficaces. Ainsi de ses Saintes, religieuses vêtues l’une de noir, l’autre de blanc, dont le contraste est saisissant. Ou de cette Prophétie, où un sorcier émerge d’un amoncellement d’ordures qui évoquent l’étouffement de la planète.

Capsules de bouteilles

Dans un tout autre registre, les objets et installations blancs de Safaa Erruas, qui incluent compresses et comprimés, aiguilles, papier et cordes de piano, évoquent avec finesse et une sensibilité poétique les notions de fragilité et de résistance, de féminité, de mort et de guérison. La récupération et l’assemblage se retrouvent chez d’autres plasticiens, comme El Anatsui par exemple, qui présente une vaste tenture constituée de capsules de bouteilles découpées et mises à plat, image de La Terre développant davantage de racines. Certains, bien sûr, s’expriment par la peinture, comme l’Ivoirien Aboudia, entre dessin d’enfant et graffiti, fraîcheur et terreur. Des pièces à découvrir, pour rappel, et comme invite à faire le déplacement jusqu’à Dakar. n Laurence Chauvy

Dakar-Martigny – Hommage à la Biennale d’art contemporain, Manoir de la Ville de Martigny, jusqu’au 18 septembre. 
Ma-di 14h-18h. 
www.manoir-martigny.ch