L’art de la campagne anglaise, un exemple possible pour le Valais

Exposition L’art contemporain sort des villes. Grizedale Arts présente son expérience à Sierre

Un témoignage intéressant au moment où la dynamique créatrice s’amplifie dans le canton

Ces dernières années, les projets artistiques inscrits dans le paysage se multiplient dans chaque coin du Valais. Artistes et curateurs jouent avec le décor alpin, installent leurs expositions sur les barrages, au sommet des téléphériques ou au cœur des stations. Ainsi, en cette fin d’été, il est encore possible de voir à Vercorin les zébrures et autres formes en bois de coffrage jaune, évocations de chantiers plus urbains, que Pierre-Alain Zuber a posées dans et autour du village (jusqu’au 27 septembre, www.r-art.ch). Pour faire un pas de côté par rapport à la prolifération de ces propositions alpines, une visite à Sierre s’impose.

Le MAXXX est un jeune centre d’art né fin 2013 à l’initiative de l’Ecole d’art du Valais et de la Villa Ruffieux, un lieu de résidence d’artistes. Il accueille en ce moment les Anglais de Grizedale Arts avec une rétrospective de leur expérience. C’est dans son local de la rue Max-Huber que débute The Nuisance of Landscape, un parcours en trois épisodes, titré pour intriguer, et c’est efficace.

Cet éclatement dit déjà beaucoup de la manière de travailler de Grizedale Arts, qui s’est quasiment fait un slogan de l’expression «ajouter de la complexité à la confusion». Le commissaire de cette exposition n’est autre que le directeur des lieux depuis 1999, Adam Sutherland. Grizedale, c’est d’abord une forêt du Lake District, dans le nord-est de l’Angleterre. Le projet y existe depuis 1977, installé dans une propriété où vécut l’artiste, mécène et penseur John Ruskin, dont l’héritage a été au cœur de quelques réflexions, comme on peut le voir dans l’exposition.

Dans le local du MAXXX on trouvera des traces – vidéos, maquettes, objets – des premières années, de 1977 à 2001. A la fin des années 1970, le Land Art britannique cherchait sa voie par rapport aux expériences américaines et David Nash ou encore Andy Goldsworthy sont venus travailler dans cette forêt, de manière assez subtile. Mais peu à peu les chemins divergent entre les expériences du Lake District et le renouveau de l’art contemporain, façon Young British Artists.

Jusqu’à la fin du siècle où commence une nouvelle époque. Ainsi, Marcus Coates a autant œuvré en tant qu’ornithologue, menant des ateliers de découverte, que comme artiste, s’accrochant presque au fût géant d’un pin sylvestre pour une performance photographiée. Ce qu’il fit avec la complicité des forestiers.

Car c’est bien là l’une des forces du projet Grizedale Arts. Il travaille avec, ou parfois contre, mais de toute façon en prenant en compte, non seulement le paysage mais aussi les réalités humaines du lieu. Tout un mur du MAXXX évoque l’histoire du Billboard, ce large panneau d’affichage dont Adam Sutherland raconte l’histoire tout à fait révélatrice. Présenté comme une intrusion de l’urbain dans la campagne, le projet a semble-t-il été d’autant plus détesté du public de base, local ou non, qu’il enthousiasmait les critiques et autres professionnels. Confié régulièrement à d’autres artistes, il finit par être brûlé dans un cérémonial mis en place avec les habitants le jour du jubilé de la reine, le 4 juin 2002. Ce qui valut à Grizedale Arts des soucis avec ses bailleurs de fonds. La complexité, de ce côté-là, n’est pas toujours payante.

La deuxième partie de l’exposition, aux Caves de Courten, ­reflète encore plus clairement l’aspect événementiel et communautaire des programmes mis en place par Grizedale Arts. Le but n’est pas tant de partager des moments festifs avec un public peu habitué à l’art contemporain que d’interroger les différences de sensibilité, les intrusions réciproques et fantasmées entre monde rural et urbain.

C’est ainsi que le Suisse Olaf Breuning a réalisé le clip d’un groupe de métal du cru. Cette production visuelle était le Premier Prix d’une «Battle of Bands». L’artiste l’a ensuite incluse dans son projet au long cours, Home, où l’on retrouve aussi de l’artisanat ghanéen.

Dans la grande tradition britannique Arts and Crafts, l’artisanat est au cœur de la dernière étape, un magasin éphémère qui profite d’une belle arcade dans la rue Centrale de Sierre. On peut y acheter des confitures valaisannes autant que des théières de l’artiste française Laure Prouvost. Un must.

C’est un écho au fonctionnement le plus récent de Grizedale Arts, moins axé sur la provocation. Mais cette relative paix productive serait-elle possible sans les étapes plus agitées qui ont précédé? Et surtout sans un certain humour anglais qui perce dans les trois étapes de l’exposition?

The Nuisance of Landscape, MAXXX, rue Max-Huber 12, Sierre. Jusqu’au 10 octobre. www.maxxxprojectspace.ch

On peut acheter des confitures valaisannes et des théières de Laure Prouvost. Un must