Genre: dvd
Qui ? Robert Altman
Titre: That cold day in the park
DVD Wild Side
Chez qui ? Collection Les Introuvables

Jamais peut-être la collection Les Introuvables n’aura aussi bien porté son titre: en sortant l’un des tout premiers longs métrages de Robert Altman, Wild Side permet de découvrir enfin un film jamais distribué de ce côté-ci de l’Atlantique, malgré son passage au Festival de Cannes en 1969.

Il faut dire qu’avant son immense succès public et critique avec M.A.S.H. en 1970, Robert ­Altman gagnait sa vie comme producteur, réalisateur ou scénariste de séries télévisées comme Bonanza ou Alfred Hitchcock Presents qui ne permettent pas vraiment de s’affirmer comme auteur, même si certains épisodes ont été réalisés par des gens aussi recommandables que Sydney Pollack ou Ida ­Lupino. Altman a donc mis du temps à faire reconnaître son talent. Son premier long métrage pour la Warner, Countdown (1967), a même été sévèrement raccourci d’une bonne demi-heure, son image d’un cosmonaute hésitant ne répondant pas à l’euphorie qui accompagnait les premiers essais spatiaux américains.

Peut-être resté dans l’ombre à cause du triomphe de M.A.S.H., cette «hénaurme» farce qui dépeint une équipe chirurgicale pendant la guerre de Corée, That cold day in the park raconte, sur un ton fort différent, la rencontre dans un Vancouver froid et pluvieux d’une bourgeoise trentenaire frustrée et d’un jeune homme qu’elle découvre de sa fenêtre assis trempé sur un banc du parc. Elle l’invite à entrer chez elle pour se réchauffer, se restaurer; il accepte, hésitant mais curieux, et découvre très vite que, derrière sa gentillesse et sa générosité, Frances cache surtout son désir de le retenir captif. S’engage alors un jeu du chat et de la souris qui d’abord nous interroge, puis nous inquiète, pour finalement nous terrifier.

Evitons de succomber à l’illusion rétrospective et de voir en germe dans un premier film toute l’œuvre d’un artiste, mais précisons toutefois que That cold day in the park annonce plus la veine intimiste d’Altman que les grandes fresques chorales qui dénoncent les ridicules de la société américaine ou en démolissent les mythes, plus aussi la veine étrange et noire d’Images (1972) ou celle mélancolique de Three Women (1977). Altman, à l’époque de That cold day… , était surtout fasciné par les films de Bergman. De fait, la narration linéaire et l’enfermement dans un même décor font parfois penser à du cinéma de chambre qui distille un sentiment d’inquiétante étrangeté par sa retenue et ses non-dits.

Difficile en effet de dire vraiment quand et pourquoi le personnage de Frances, remarquablement interprété par Sandy Dennis, commence à déraper et à sortir de sa carapace de conformisme poli. Cette actrice que les spectateurs venaient de découvrir dans un jeu beaucoup plus appuyé dans Who’s afraid of Virginia Woolf? (1966) de Mike Nichols, jeu qui lui avait d’ailleurs valu l’Oscar de la meilleure actrice pour un second rôle, travaille avec Altman tout en finesse, dans une retenue permanente qui incite le spectateur à percer son mystère. Dès le repas de la scène d’ouverture, le spectateur la découvre enfermée dans un rôle social qui l’amène à ne fréquenter que des gens riches et plus âgés qu’elle: le vide sidéral de leurs conversations, leurs rituels sclérosés et les avances du vieil ami médecin la dégoûtent. Cet enfermement social fait écho à son enfermement dans l’appartement et les meubles de sa défunte mère. Image d’emprisonnement encore renforcée par des fenêtres que barricadent horizontalement les lames des stores métalliques et par le grillage du jardin surmonté de barbelés! On comprend que, dans ce décor, dès l’ouverture du film, elle se tienne debout à l’écart de la table et cesse d’écouter les discours de ses invités pour ne plus voir que le tableau du jeune homme sur son banc dans le parc qui lui apparaît encadré dans l’un des carreaux de la fenêtre.

Cet homme ne peut que l’attirer: outre son extrême jeunesse, il semble appartenir à un milieu pauvre, deux caractéristiques qui arrachent Frances à son milieu habituel. S’ajoute le mystère du mutisme de ce personnage dans toute la première partie du film. Aucune explication ne sera donnée de ce silence: instrument de séduction, carte d’un jeu mystérieux qu’il entend jouer, façon d’échapper à celle qui veut tout savoir de lui? Comme elle, le spectateur le croit muet, avant de découvrir, au cours d’une de ses fuites nocturnes (aucune serrure ne semble pouvoir le maintenir prisonnier), qu’il parle, qu’il a une sœur qui plus encore que lui semble capable de franchir toutes les barrières (concrètes, sociales) et tous les interdits.

Film fascinant, remarquablement photographié par László ­Kovács (remarqué ces années-là pour Targets de Bogdanovich et pour Easy Rider de Hopper). Le DVD offre en bonus un entretien de 13 minutes avec Pierre Berthomieu qui aide à mieux mesurer le sens de certaines recherches formelles d’Altman (les zooms, par exemple) et musicales de Johnny Mandel.

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Pierre Berthomieu, critique

Dans «American schizo» par Robert Altman,bonus du DVD

«That cold Dayin the Park»peut être considéré comme le 1er film d’Altman, le premier qui montre un sujet propre à l’intéresser»