Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
«Four Seasons» de l’artiste Ugo Rondinone.
© Ugo Rondinone; 2018 Pro Litteris Zurich; Marc Domage ©

Exposition

L’art contemporain dans son plus bel archipel

Ouvert au public en juin dernier, le site de la Fondation Carmignac, sur l’île de Porquerolles en Provence, propose une exposition inaugurale qui est l’occasion de découvrir un lieu d’exception

Au large d’Hyères, l’île de Porquerolles a tout du paradis terrestre. C’est dans ce cadre somptueux et préservé, classé parc national, qu’Edouard Carmignac a choisi de créer sa fondation en 2000. Le projet de celle-ci s’organise autour d’un axe double, à savoir la constitution d’une collection d’art contemporain, qui comprend à l’heure actuelle près de 300 œuvres, et, depuis 2009, l’organisation annuelle du Prix du photojournalisme. Consacré à l’Arctique, il a été attribué cette année à Yuri Kozyrev et Kadir van Lohuizen pour leur projet d’expédition polaire, mettant en évidence les conséquences de la fonte de la banquise.

Lire aussi: Le sud de la France par ses îles: à Porquerolles, sur les traces de Simenon

La villa Carmignac, un ancien mas provençal dont le réaménagement a été confié à l’agence GMAA, accueille désormais les activités de la fondation et notamment sa programmation culturelle et ses expositions temporaires. Sa visite réserve une expérience surprenante: elle doit en effet plus au monde des spas et des espaces consacrés au bien-être qu’à celui des musées.

Rythmé par le soleil

Après avoir franchi le seuil de la fondation, sanctuarisé par la présence d’Alycastre, une imposante sculpture en bronze de Miquel Barcelo, et dépassé l’espace de la librairie et celui de l’accueil, orientés vers la mer, on se déchausse dans un vestiaire délicatement parfumé où l’on se voit offrir une boisson aux plantes.

On s’enfonce alors pieds nus dans les profondeurs du bâtiment pour découvrir quelque 2000 m² d’espace d’exposition. Bien que situé sous la surface du sol, l’ensemble est éclairé par la lumière naturelle, filtrée par un plafond d’eau. Ajoutons que la jauge est limitée à 50 visiteurs par demi-heure, et que les horaires de fermeture sont calés sur le coucher du soleil, ce qui achève de ritualiser la visite.

Lorsqu’on remonte à la surface, c’est pour découvrir la fin de l’exposition, qui débouche sur les jardins créés par le paysagiste Louis Benech et la vingtaine d’œuvres imaginées spécifiquement pour le lieu. Les questions écologiques et artistiques se mêlent ici étroitement.

Jouant tantôt de l’intégration au site, comme La couvée de Nils-Udo, en marbre de Carrare, ou les stèles en miroir de Jeppe Hein (Path of Emotions), tantôt de la surprise, comme la sculpture ogresque et comique d’Olaf Breuning (Mother Nature), les œuvres de ce jardin de sculptures créent un parcours qui emmène les visiteurs aux confins du site. Au cœur de la forêt, Sea of Desire, une œuvre monumentale de Ruscha peinte sur panneau métallique, vient alors boucler la boucle de la visite (l’exposition s’ouvre sur une peinture de l’Américain) pour la faire dériver vers un imaginaire californien.

Défi de taille

L’exposition temporaire, qui inaugure le programme public de la villa, emprunte d’ailleurs son titre à cette œuvre de Ruscha, créant une énigme que seule la visite intégrale du site viendra résoudre. Mêlant pièces de la collection, commandes et emprunts (comme cette peinture de Botticelli qui détonne dans l’ensemble contemporain qui l’entoure), elle se déploie en huit chapitres.

Mais là où les espaces intérieurs comme extérieurs de la fondation ont été conçus avec le plus grand soin, l’exposition reste assez vague dans les thématiques qui la structurent – et qui vont de l’anticipation au désir en passant par la révolte –, comme dans le choix des pièces qui la constituent. Certains rapprochements sont parfois trop évidents (par exemple, la représentation de Picasso en idole planétaire), et certaines thématiques semblent artificiellement plaquées sur des œuvres qui n’en ont pas besoin. Sea of Desire ménage heureusement de belles surprises, comme l’impressionnante sculpture-fontaine de Bruce Nauman (One Hundred Fish Fountain, 2005) ou l’invisible Speed of Silence de Michel Redolfi.

Il est naturellement difficile de rivaliser avec cet environnement d’exception et l’histoire riche de la production artistique qui s’y rattache, de Cros à Signac et passant par Godard, qui y tourna des scènes de Pierrot le fou: malgré certaines pièces impressionnantes, Sea of Desire n’y parvient pas tout à fait. Mais après avoir visité ce lieu enchanteur, on ne peut que rester songeur quant à la possibilité, pour une exposition, de concurrencer avec succès un tel cadre naturel. Le défi est de taille.


Sea of Desire,Fondation Carmignac, île de Porquerolles. Jusqu’au 4 novembre 2018. www.fondationcarmignac.com

Publicité
Publicité

La dernière vidéo culture

Le performeur Yann Marussich se fait imprimer Le Temps sur le corps

Un soir à la rédaction du Temps. La salle de réunion est transformée en labo photo géant éclairé de rouge. Au milieu de la pièce, l'artiste Yann Marussich, rendu photosensible. Sur son corps nu se développent des titres du «Temps». 60 spectateurs assistent à l'expérience qui dure 45 minutes.

Le performeur Yann Marussich se fait imprimer Le Temps sur le corps

n/a
© Arnaud Mathier/Le Temps