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Paradiese 09 de Thomas Struth, une des œuvres présentées au Musée Rietberg dans l’exposition thématique autour des jardins.

Exposition

L’art de cultiver son jardin

Le Musée Rietberg offre une chrestomathie des jardins du monde, en même temps que l’histoire de cette jolie invention de l’homme

Il faut cultiver son jardin. Sur une terre largement inhospitalière, celui-ci représente un lieu sécurisé, un coin de nature et un espace de rêve. L’exposition du Musée Rietberg, propose plus qu’un panorama des jardins du monde: un retour sur leur histoire, une géographie illustrée de lieux mythiques, d’Orient en Occident, et le regard fasciné, critique à l’occasion, d’artistes modernes et contemporains.

Tout commence, à l’entrée, auprès d’un jardin vertical qui a pour mérite d’opérer un déplacement dimensionnel et d’évoquer, outre les fameux jardins suspendus de l’Antiquité, des plantes illustrées dans l’exposition. Et la visite se termine chez Monet, qui a su conjuguer comme nul autre le jardinage et la peinture, dans son domaine de Giverny dont les photographies d’Elger Esser et de Bernard Plossu donnent une interprétation d’une grande finesse, en noir et blanc et en couleurs. En fait non, la conclusion se trouve à Stampa chez Alberto Giacometti, que Cartier-Bresson montre saluant sa mère au balcon, sur fond de jardin fleuri, et qui en 1954 a réalisé du même jardin une peinture qui est l’un de ses meilleurs paysages.

Car le jardin, faut-il le préciser, est un paysage, à la fois un paysage en miniature et un paysage qui, par les pouvoirs de l’esprit, englobe de vastes territoires, réunit des espèces végétales habituellement dispersées, accueille des insectes par ailleurs invisibles, ou relégués dans des biotopes difficiles d’accès. C’est ainsi que l’artiste japonais Utamaro a pu regrouper, dans un Album illustré d’insectes choisis, des chenilles, sauterelles, libellules et papillons. Un ouvrage dont les pages sont magnifiquement mises en scène dans une chambre aux parois dorées imitant la lumière de l’été.

Il faut donc cultiver son jardin: c’est à quoi se sont employés les hommes dès lors qu’Adam et Eve (une Eve soudain pudique signée Rodin figure au début du parcours) ont été chassés du jardin d’Eden. Car au commencement était le paradis, dont les mythologies offrent des versions emplies de merveilleux – cette foisonnante et néanmoins sereine version du Paradis de l’Ouest du Bouddha Amitabha (XVIIIe siècle au Japon), des miniatures persanes, le paradis terrestre selon Albrecht Dürer.

Une pointe de magie

Trente histoires de jardins se voient racontées dans les salles, où des interventions de plasticiens actuels permettent de mesurer la façon dont perdure le pouvoir d’attraction des traditions paysagères et horticoles. Ainsi de l’installation du Coréen Lee Nam Lee, qui anime et revisite un jardin de lettré, en y ajoutant une pointe de magie. Ainsi des collages de David Hockney, et des dessins de John Cage, qui modernisent le fameux jardin sec, image de l’éternité, du temple du Ryoanji à Kyoto. Car un jardin sans verdure, oui, cela se peut, et un rocher, en Chine, peut suffire à évoquer une montagne, éminemment stable et pourtant soumise à l’érosion.

Revenons, puisque la visite, pourquoi pas, peut se faire primesautière et se comprendre comme une promenade d’agrément, au Moyen Age en Occident, à ses cloîtres, à leurs jardins et à leurs labyrinthes. Une étonnante tapisserie du XVIe siècle raconte, presque comme une bande dessinée, L’Annonciation, dans le décor riche de symboles du jardin clos ou hortus conclusus. Déplaçons-nous après des jardins de l’Islam, devant les tapis qui restituent leur ordonnance, et devant cette ravissante scène enluminée montrant Homay et Homayun dans un jardin, sous un ciel étoilé. Car si les représentations nocturnes de jardins sont rares (la nature, comme les hommes, est censée se reposer, la nuit), elles exercent un charme particulier.

Lieu de ressourcement

Tout est possible dans un jardin, y compris l’humour. En atteste ce tableau de Paul Klee où deux personnages munis de sommaires cisailles récoltent de jolis fruits roses et rouges. Plus grinçante, la reconstitution par Ai Weiwei, dans un bronze doré qui frise le kitsch, des têtes des douze animaux du zodiaque chinois, tels qu’ils ornaient une fontaine dans les jardins du Palais d’été de l’empereur, à Pékin.

Des plus anciens jardins, dont des traces ont été retrouvées en Egypte, où le climat sec les a préservées, jusqu’au Paradise 09 de Thomas Struth, dont le foisonnement et la sauvagerie s’opposent à la version nettement plus apocalyptique qu’offre Hans Danuser du paysage dans sa série EROSION II, des parcs de Versailles dessinés au cordeau aux jardins anglais, les multiples visions exposées disent non seulement les ressources de l’art et de l’imagination, mais aussi l’importance que revêt, aux yeux des hommes, toutes époques confondues, la simple notion de jardin.

Soit un lieu de ressourcement, de beauté et d’inspiration.

«Jardins du monde – A la recherche du paradis», Musée Rietberg, Zurich, jusqu’au 9 octobre. Ma-di 10h-17h (me 20h). www.rietberg.ch


L’écrin naturel d’une exposition

Le Musée Rietberg propose une exposition sur les jardins du monde? Comme ça tombe bien: il est justement dédié aux cultures du monde, et entouré d’un merveilleux «jardin-paysage» ! Né au milieu du XIXe siècle en suivant la vogue des jardins anglais, le Rieterpark a été dessiné par le jardinier paysagiste allemand Theodor Froebel, sur la demande du couple Wesendonck qui venait de se faire construire leur villa – devenue par la suite le Musée Rietberg.

Petit parc deviendra grand: selon les ambitions de ses propriétaires successifs, le domaine a aujourd’hui triplé de volume, jusqu’à atteindre sept hectares. Acquis par la Ville de Zurich en 1945, le Rieterpark abrite des grottes artificielles, récemment restaurées, des bosquets, des plates-bandes, spécialement aménagées pour l’occasion, et deux autres villas, où l’exposition trouve un prolongement auprès des jardins dans la miniature indienne. Un montage d’extraits de films offre une vision éclatée, axée sur la fiction, de ce thème qui, selon Albert Lutz, directeur du musée, «non seulement sollicite tous nos sens, mais émeut aussi tous les êtres, d’une manière ou d’une autre».

(L.C.)

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