L'artiste japonais Takéo Adachi a un thème: la pierre, le minéral. Sur des pages blanches, très blanches, il agence des galets, ou d'autres cailloux à l'allure plus pointue et crevassée de rochers, avec parfois l'adjonction de tiges de bambou ou d'une corde, sans oublier les ombres, qui donnent une assise à ces éléments isolés dans un espace vierge. Le caractère elliptique de ces minces indications, équivalence graphique des jardins zen composés de gravier ratissé et de blocs de pierre, est contrebalancé par la facture photoréaliste des objets représentés, jusqu'au plus menu.

Les compositions se répètent, avec quelque modification dans la disposition, ici des cailloux semblables à des œufs, qui s'échelonnent jusqu'au plus petit; là deux branches croisées, qui forment une grille enfermant des galets; ailleurs une corde liée autour d'une pierre de forme curieuse, puisque le répertoire formel offert par les minéraux est inépuisable, une corde dont le bout disparaît dans le blanc, si bien qu'on ne sait qui est astreint à tirer pour tenter de dégager et ramener à soi cette lourde masse.

Né à Kyoto, Takéo Adachi a suivi l'école des beaux-arts de sa ville natale avant d'étudier en Angleterre et de s'installer en France en 1988. Son travail, gage de patience et d'esprit contemplatif, joue des ombres et des façons d'obtenir un équilibre, presque magique dans l'enceinte du vide défini par la blancheur du papier. Ses cailloux évoquent parfois des fruits, inaccessibles, inentamables, parfois on y lit des signes, des lettres, mais surtout ils dessinent des paysages mentaux; il est reposant de les regarder, simplement, sans penser à rien, vraiment à rien.

Galerie Art & Vision (rue Calvin 4, Genève, tél. 078/875 91 81). Ma-ve 14-19h, sa 10-17h. Jusqu'au 6 janvier.