Voici un aspect moins connu du théologien protestant et grand philosophe de la technique que fut Jacques Ellul (1912-1994): sa vision de l’art moderne, qui l’intéressait précisément dans son rapport à ce qu’il a baptisé «le système technicien», auquel il a consacré ses livres les plus célèbres (Le Système technicien ou Le Bluff technologique, par exemple).

L’Empire du non-sens est la réédition d’un texte paru en 1980, resté sans grand écho à l’époque. Peut-être est-ce sa radicalité sans concession qui l’avait rendu, alors, inaudible: car l’art moderne y est condamné sans grande possibilité d’appel. Littérature, architecture, musique, peinture, tout y passe. Picasso? «Arbitraire et dérisoire» (Ellul s’appuie là, par ailleurs, sur une étude restée célèbre de Roger Caillois). Boulez? Un conservateur qui s’ignore. Le punk ou le disco? Un signe de «l’insignifiance glacée de l’hypnotisme technicien». Le lecteur friand de formules à l’emporte-pièce se trouvera régalé de cent autres en papillonnant à travers les pages du livre.