Le Temps: Entre les deux tours de l'élection présidentielle française, vous avez participé à une minitournée de sensibilisation politique. Qu'est-ce qui vous a incité à faire le pas, alors qu'on ne vous avait jamais vu sur ce terrain-là?

Dominique A: C'est le musicien Yann Tiersen qui m'a contacté, car il voulait absolument faire quelque chose. Je l'écoutais un peu sceptique, au départ, car l'engagement des artistes m'a toujours paru un brin suspect. Lui était si remonté qu'il était parti pour refondre la gauche! (rires) Après, il en a parlé avec les Têtes Raides et Noir Désir, qui ont élaboré un texte commun, auquel je me suis rallié. Vivant à Bruxelles, je n'avais pas voté au premier tour, et je n'étais pas fiérot. L'idée était de ne pas jouer la carte du centralisme, d'aller à la rencontre de villes dans lesquelles le Front national avait fait des bons scores.

– L'aventure vous a-t-elle fait reconsidérer votre responsabilité d'artiste?

– Sur le moment, cela suscite une interrogation. Mais pour s'exprimer à long terme, il faut avoir des convictions très fortes. Tiersen et les Têtes Raides voulaient rencontrer Martine Aubry, engager un dialogue avec les socialistes. Moi je ne me sens pas cette obligation. Tout en étant convaincu que l'art est par essence engagé, dans sa façon de présenter une vision du monde. Le risque, c'est qu'un artiste se met en général en marge de la société et assume cette marginalité, d'une manière parfois hautaine. Pour faire ensuite du prêchi-prêcha, il faut vraiment le vivre de façon viscérale. La chance des Têtes Raides ou de Noir Désir, c'est que ce sont des groupes, soit de petits forums de discussion. Moi, je me retrouve toujours devant le même interlocuteur, et je ne sais même pas ce qu'il pense! (rires)

– Vous êtes issu d'une scène indépendante qui a explosé au début des années 90. Avez-vous le sentiment d'avoir suscité un renouveau de la pop chantée en français?

– Je pense qu'il s'est toujours passé des choses dans la musique française. Là, j'ai l'impression qu'il y a un petit creux, qu'il n'y a plus trop d'effet de surprise dans les nouveaux disques qui sortent. La mode qui était liée à Miossec, Murat ou moi est passée, et aujourd'hui, on revient à une situation où le français chanté est bien accepté, sans que l'on sente une excitation folle. Cela fait bien longtemps que je ne me suis pas emballé pour un disque chanté en français.

Pully For Noise Festival, jusqu'au 10 août. Rens. 021/323 73 30 ou sur www.fornoise.ch. Lire également notre supplément Sortir du 8 août.