Mort vendredi à Paris à l'âge de 78 ans, le peintre français Jean Dewasne s'était affirmé, dès le milieu des années 40, comme l'un des maîtres de l'abstraction géométrique.

Né en 1921 dans la banlieue de Lille, Dewasne fut l'un des fondateurs du Salon des réalités nouvelles (1945), qui mit à l'affiche l'art abstrait, concret, constructiviste et non figuratif. Après des études de musique, d'architecture et de philosophie, il s'était tourné vers la peinture et avait créé son premier tableau abstrait en 1943. Il s'était ainsi trouvé parmi les premiers artistes français, à la suite d'Auguste Herbin, à militer pour ce vocabulaire artistique, notamment à travers de multiples conférences et en créant en 1950, avec Edgar Pillet, l'Atelier d'art abstrait.

Ses compositions se caractérisent par des formes simples, ovales, carrées, coudées, organisées comme si elles se calaient les unes contre les autres. Des rythmes complexes mais tendus, soulignés par des couleurs vives et brillantes, réduites la plupart du temps au rouge, au bleu, au vert, au noir et au blanc. Ces géométries sont peintes en aplat sur des supports durs, comme le bois ou le métal, qui leur donnent un aspect industriel. Une facette de la modernité, à laquelle Dewasne se montra sensible, utilisant souvent des laques pour tôles et introduisant même des éléments de carrosserie dans ses compositions.

Son art prendra, du reste, une dimension sociale et décorative en s'orientant vers la peinture murale, souvent sur des surfaces généreuses. Il a notamment réalisé un très grand ensemble mural pour le stade de glace des Jeux olympiques de Grenoble (1968) et d'autres grands panneaux à l'Arche de La Défense, à Paris (1989).

Ces formules ne sont pas pour autant vides de contenu ou de substance. Jean Dewasne est pour un art pur mais n'est pas pour un art sec. Certains titres Apothéose de Marat (1951) ou Tombeau d'Anton Webern (1952) font clairement allusion à l'histoire et aux émotions. Ces sensations sont confiées à la puissance des constructions, des enchevêtrements et des tons.