Marre des antiquités égyptiennes et grecques? Marre des expositions sur l’art étrusque ou romain? Mais toujours fasciné par les objets extraits de fouilles archéologiques? Alors l’exposition qui vient de s’ouvrir à l’Historisches Museum de Berne, organisée en collaboration avec le Landesmuseum Württemberg à Stuttgart, est pour vous. Elle est consacrée à L’art des Celtes, de 700 avant à 700 après J.-C. Et concerne notamment les habitants du Plateau suisse. Aussi est-il piquant de noter que les situations d’aujourd’hui sont plus coincées que celles des débuts historiques.

L’exposition n’insiste en effet pas sur les différences des populations mais souligne le sentiment d’appartenance commune que reflètent, par exemple, des bijoux. Des objets présentant des parentés stylistiques partagées par plusieurs groupes. Ce dénominateur touche initialement une région allant de Dijon à Stuttgart et incluant des sites comme La Tène (Neuchâtel), Berne et Erstfeld (Uri). Puis finalement s’étendra de l’Ecosse à la Bulgarie.

L’ensemble présenté réunit quelque 450 chefs-d’œuvre, provenant d’une cinquantaine d’institutions importantes de toute l’Europe. La visite débute d’emblée par un des points forts, le spectaculaire trésor funéraire de la sépulture princière de Hoch­dorf, dont le contenu a été découvert intact en 1978 dans la région de Stuttgart. Elle se termine avec les enluminures irlandaises, illustrées entre autres par un évangéliaire de l’Abbaye de Saint-Gall, fondée par des moines irlandais.

Entre ces deux bornes, séparées tout de même par quelque 1400 ans, le spectateur découvre d’autres pièces exceptionnelles. Comme cette monumentale statue de pierre dite du Guerrier de Hirschlanden (vers 530 av. J.-C.), au couvre-chef conique, qui est la plus ancienne sculpture de grande taille connue au nord des Alpes. Comme ce casque à placage d’or et de corail (vers 350 av. J.-C.), trouvé en Charente, dont il faut admirer le travail de repoussage du métal en motifs de palmettes et rinceaux (rameaux). Comme ces bracelets de verre (vers 200 av. J.-C.) provenant des environs de Berne qui disent l’attirance des Celtes pour la couleur, penchant qui frappait déjà leurs contemporains. Ou, encore, ce carnyx, trompette de guerre, trouvé en 2004 dans un sanctuaire celte de l’ouest de la France et montré ici pour la première fois en public. Carnyx dont le pavillon dressé, formé d’une gueule hérissée, et le son rauque devaient effrayer l’ennemi.

L’accent est mis sur la qualité des œuvres, sur la manière dont cet art, son esthétique se sont formés, ont évolué. Et cela dans des lieux très divers. Aux populations différentes. Mais relevant du monde antique, au même titre que les sociétés méditerranéennes du Sud-Europe. Alors même que cette zone centre-nord européenne était considérée comme barbare à cette époque, depuis le tournant du premier (Hallstatt) au second âge du fer (La Tène) jusqu’au début du Moyen Age. Le parcours de la visite traite surtout de stylistique, examine ainsi comment le langage simple de la géométrie a d’abord dominé, comment sont apparus ensuite les motifs à rinceaux (rameaux) et méandres, puis les figures humaines et animales, les évocations des dieux et des démons.

Quelque neuf sections s’échelonnent ainsi, la plupart introduites par des animations visuelles soignées, détaillant des œuvres, mais aussi jalonnées par des mises en regard de sculptures grecques ou romaines, afin de situer des comparaisons, d’esquisser des influences. Une multivision est spécialement consacrée au trésor d’Erstfeld, canton d’Uri. Ce qui ressort est l’extrême fluidité des échanges et combien, aussi, les Celtes ont développé des formes originales et créé un langage proprement artistique qui est une des premières et majeures contributions du Nord à l’histoire de l’art européen. Et qui relèvent de maîtrises techniques et d’une élégance plus affinées qu’on ne le pense.