Visiter une biennale d’art tient souvent de la course contre la montre. En un jour comme en trois, avec ou sans les événements collatéraux, il faut dompter le temps, savoir composer avec une grève des vaporetti à Venise ou l’interruption du trafic pour cause de marathon à Lyon. Il faut choisir entre l’heure de queue devant le pavillon britannique et les cinq pavillons du fond des Giardini. Bref, un visiteur de biennale a une horloge dans la tête. Alors, quand il croise sur son parcours une œuvre comme The Clock, de Christian Marclay, il stresse un peu, comme devant une formidable provocation, avant de se laisser captiver, comme Alice par le lapin et sa montre à gousset.

Bien sûr, il ne restera pas là durant les vingt-quatre heures que dure la pièce. Il acceptera que lui échappe la majeure partie de ces milliers de séquences de films où figure un cadran. The Clock est un travail de montage sophistiqué où le temps du spectateur et celui de l’œuvre coïncident alors même que dans ces mêmes vingt-quatre heures se déroule un imbroglio d’histoires palpitantes sur l’écran et, apparemment, rien pour le spectateur. Mais ce paradoxe offert par l’artiste américano-suisse entre le temps de l’œuvre et celui du visiteur est une belle mise en abyme du rapport à l’art, à une exposition, comme à une simple pièce, censées questionner notre rapport au temps, et donc au monde.

Marclay a reçu le Lion d’or de la biennale de Venise pour cette œuvre qui a fasciné partout où elle a été montrée. Le Kunsthaus de Zurich l’annonce pour fin avril en exclusivité suisse. On pourra l’y voir avec une autre disponibilité qu’à Venise. Mais déjà The Clock nous a au moins fait réaliser, et apprécier, cette qualité des biennales 2011 qui ont su mieux que d’autres rendez-vous prendre en compte le temps du visiteur. Exemples à suivre .