cinéma

L’art subtil du filigrane

«Watermarks» brosse en trois étapes un tableau préoccupant

L’art subtil du filigrane

En anglais, Watermarks signifie filigrane. Jolie manière de rappeler une genèse sous le signe de l’eau (lire interview) avant que le projet ne dérive pour brasser plus large. Car, mine de rien, ce documentaire (in)tranquille de Luc Schaedler donne un visage à quantité de problèmes qui traversent la Chine contemporaine.

Première halte dans la province du Gansu au nord du pays: dernier habitant d’un village abandonné, un vieux paysan raconte la désertification de sa région. Mais voilà que débarque son fils, parti vivre avec sa petite famille en Mongolie-Intérieure, où il conduit des trax. Entre sa nostalgie de la campagne et la détermination de sa femme d’y faire leur vie, qui l’emportera?

Ce glissement d’un personnage à un autre se répète au sud du pays, dans la province montagneuse et fortement irriguée du Guangxi, où un fils ruiné de grands propriétaires laisse place à un ancien cadre du parti, révélant les blessures jamais guéries un demi-siècle après la Révolution culturelle. Le dernier volet à Chongqing, mégalopole du centre sur le fleuve Yangtsé, quant à lui, alterne entre un vieil activiste écologiste et une jeune fille de pêcheurs en plein trouble identitaire: adoptée, elle se sent plus garçon…

Un instantané pour mémoire

Plus remarquable par la qualité des témoignages recueillis et leur organisation que par le pur visuel, cet instantané au niveau des petites gens, loin des beaux discours économiques et politiques, saisit la complexité des défis auxquels se trouve confronté un géant aux pieds d’argile. Entre une nature surexploitée et une population tiraillée, désespérément en quête de repères, cette Chine-là va sûrement au-devant de graves problèmes.

Ici, la modestie de la forme n’empêche pas une vraie profondeur de vision. Loin d’un simple reportage télévisuel, Luc Schaedler a signé un film dont on mesurera sans doute tout l’intérêt dans quelques décennies, quand le développement vertigineux du pays aura achevé de transformer tout le paysage, naturel et humain.

VV Watermarks – Trois lettres de Chine (Watermarks – Drei Briefe aus China), documentaire de Luc Schaedler (Suisse, 2013). 1h20.

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