Le poche de la semaine

«Le bon vin de Lan-ling, parfumé au chèvrefeuille/ma coupe de jade est remplie de sa lueur ambrée…»

Genre: Poèmes chinois
Qui ? Collectif
Titre: L’Art de l’ivresse
Trad. et présentation de Hervé Collet et Cheng Wing Fun
Chez qui ? Albin Michel, coll. Spiritualités vivantes

Omar Khayyam, dans ses quatrains, a chanté le vin d’une voix splendide, forte et subtile. Mais, lorsqu’il s’agit de dire les mérites de l’ivresse, la douceur de l’oubli, la rébellion silencieuse du buveur solitaire et la quête mystique de l’ivrogne, les poètes chinois n’ont rien à envier aux Persans.

A commencer par le grand poète des Tang, Li Po (ou Li Bai, 701-761) qui signe les vers (ci-dessus) – placés en exergue de cette anthologie poétique chinoise et éthylique. Li Po est célèbre en Chine pour avoir invité, dans «Buvant seul sous la lune», l’astre et son ombre à partager son vin: «Levant ma coupe je convie la lune claire/avec mon ombre nous voilà trois». Une bien joyeuse compagnie, car, si les poètes chinois ne dédaignent pas les banquets, le plus souvent, c’est seul ou à deux, retirés dans la montagne, dérivant sur une barque, allongés dans un jardin, à l’abri d’une cabane, qu’ils savourent leurs ivresses.

Le vin, expliquent Hervé Collet et Cheng Wing Fun qui ont traduit et qui présentent ces textes, est aussi essentiel au poète que l’encre ou le pinceau. L’ivresse, disent-ils, lui permet de rejoindre le Tao (Dao), le principe primordial, et de se couler naturellement dans le cours des choses, de la nature. Autre grande figure du lettré amateur d’alcool, Tao Yuanming (ou Tao Qian 365-427) voit dans le vin, un peu comme Omar Khayyam, une consolation mais qui avive la nostalgie, l’occasion aussi d’une méditation sur le temps et la vie: «Souvent, je crains que ma vie n’arrive à son terme/alors que ma force et mon souffle ne sont pas encore épuisés/oublions ça, à quoi bon se tracasser?/ mieux vaut d’un trait vider sa coupe». Cette anthologie paraît pour la première fois en format poche et c’est un livre indispensable.