Il sera une fois le BAC. BAC pour Bâtiment d'art contemporain. On pourrait commencer ainsi cette histoire déjà longue. Le BAC existe en effet déjà depuis presque douze ans et abrite le Mamco (4000m2) et le Centre d'art contemporain (2300m2). Cela fait environ dix ans qu'est né le projet de réunir dans la même friche industrielle, aux côtés de ces deux-là, les trois autres institutions subventionnées genevoises que sont le Centre pour l'image contemporaine (CIC), le Centre pour la photographie et le Centre d'édition contemporaine. L'histoire est donc déjà longue, et pourtant tout reste encore à faire. Même si, hier jeudi, l'idée de réaliser un pôle fort pour l'art contemporain à Genève a enfin pris un peu de matérialité. En à peine plus d'un mois, les grandes halles du Musée de l'automobile Jean Tua ont été nettoyées, repeintes, structurées par quelques parois et sécurisées pour accueillir vaille que vaille de l'art contemporain.

Au premier coup d'œil, et en pensant au délai très court, l'opération éblouit. Et, lors de la conférence de presse donnée hier avec les directeurs de ce nouveau club des cinq, Patrice Mugny, chef du Département des affaires culturelles de la Ville de Genève, découvrait les lieux avec enthousiasme: quelque 2000m2 (plus 500m2 de sous-sol peu praticables) dont les parois ont été peintes dans le traditionnel blanc du contemporain, avec juste quelques pans de gris. Au sol, les petits pavés de bois hérités du passé industriel des lieux. Et, sur les murs virginaux, des dizaines de photographies. Pour leur baptême, ces espaces accueillent en effet deux des principales expositions des 50 Journées pour la photographie. Cette triennale - c'est la 2e édition - est organisée par le Centre de la photographie avec de multiples partenaires, dont le CIC, qui a sélectionné de nombreuses vidéos, le Mamco et le Centre d'art, qui chacun accueille aussi une partie des JPG.

L'événement était donc idéal pour signifier l'aptitude à collaborer des partenaires du BAC. Une capacité prouvée par leur volontarisme pour défendre leur regroupement depuis une décennie. L'idée étant que ce regroupement permette à chacun d'être plus grand et plus fort et non pas de faire des économies. Dans l'esprit d'une fédération où chacun garde son identité.

Les cinq directeurs se sont ainsi appliqués à préciser leurs caractéristiques lors de la conférence de presse. Trente ans d'existence et une activité de Kunsthalle à l'alémanique pour le Centre d'art; douze ans et une politique originale de valorisation des collections et des prêts (en tout plus de 4000 pièces), fonctionnant sur le renouvellement fréquent pour le Mamco; vingt-deux ans à explorer la grande variété de la photographie actuelle pour le Centre de la photographie; vingt-deux ans de vidéo et de nouveaux médias pour le CIC, avec les deux points forts que sont en alternance la Biennale de l'image en mouvement et Version; et enfin vingt ans d'édition artistique, du livre à l'affiche en passant par l'objet, pour le Centre d'édition. Leur envie d'investir le BAC vient aussi de la difficulté des uns et des autres à faire vivre leurs projets dans leurs surfaces actuelles. Il leur arrive souvent de devoir renoncer à des idées, et en particulier à des collaborations avec des musées étrangers, parce que leurs espaces sont trop petits, avec des plafonds trop bas.

Dès ces 50 JPG, ils vont pouvoir offrir au public des propositions d'envergure. Mais en restant encore à leur adresse. Pour voisiner réellement au BAC, il faudra encore quelques années de patience. Patrice Mugny garantissait hier qu'il allait encore négocier ces prochains mois avec la Caisse de compensation de l'Etat de Genève, propriétaire du reste de la friche, l'obtention, par échange immobilier ou par location, de tout ou partie du bâtiment qui fait face au Mamco. Ce n'est qu'après que sera lancé le processus: les études architecturales et les demandes de crédit (quelque 8 millions de francs) au Conseil municipal, jusque-là assez convaincu par le projet. Aux frais d'installation des nouveaux venus s'ajoutent de lourds travaux d'isolation thermique de tout le BAC, exigés par la loi.

Depuis dix ans, les plans ont toujours pris en compte d'autres surfaces que celles inaugurées hier. Sans ces espaces, les cinq devront passablement réduire leurs espoirs. C'est cette crainte, après déjà tant d'années, qui estompait un peu l'envie de simplement fêter les nouveaux lieux hier.