Dans le courant de l'an 2000, le Musée des Arts décoratifs de Lausanne va déménager à la Maison Gaudard, et changer de directrice. Rosmarie Lippuner arrive à l'âge de la retraite. Pour sa dernière exposition dans les locaux de l'avenue de Villamont, elle a eu envie d'aller au-delà, ou de revenir en deçà des modes, dont son institution est l'observatrice attentive. Et elle a trouvé son bonheur avec les objets et ustensiles chinois rassemblés par François Dautresme, un Français passionné par l'artisanat de la Chine.

Les pièces exposées appartiennent à sa collection particulière ou proviennent de centres de production encore actifs aujourd'hui: lourdes jarres à aliments cordées de paille de riz tressée, ce qui leur évite de se casser dans les transports; semelles en tissu multicolore pour le trousseau des nouveaux mariés; balais en fibre de palmier; une poussette d'enfant en bambou… «Des choses simples et puissantes», commente Rosmarie Lippuner. Des choses qui renvoient à un savoir-faire sans âge.

Certains objets, il est vrai, sont datés, comme tous ceux qui relèvent du culte de Mao (portraits, bustes en porcelaine ou en caoutchouc, petits livres rouges…), ou ces jouets d'enfants de la période de la Révolution culturelle (un jeu de dominos orné de chars d'assaut!). Ils ne sont toutefois pas là pour raconter l'histoire, mais pour montrer comment l'histoire s'est incrustée dans la vie de tous les jours.

François Dautresme a découvert l'artisanant chinois lors d'un des premiers voyages touristiques autorisés, il y a 36 ans. Il a créé à Paris la Compagnie française de l'Orient et de la Chine, qui possède différents magasins à Paris, un à Bruxelles et un à Barcelone. Ce débouché contribue à perpétuer l'existence de centres de production menacés dans leur existence.

Rosmarie Lippuner dit avoir été séduite par «la cohérence et la justesse» de la démarche de François Dautresme. Mais c'est aussi sa propre démarche à la tête du Musée des Arts décoratifs que cette dernière exposition semble vouloir mettre en perspective. On y trouve en effet amplement matière à méditer sur la beauté de l'utile et sur l'utilité de la beauté, sur le rapport entre la culture et le quotidien. Se déployant sur la blancheur de la paroi du fond, des nasses en bambou pour la pêche évoquent la virtuosité, le dépouillement, la grâce. Elles n'ont pourtant été faites que pour attraper des poissons.

CHINE. ELOGE DE L'ESSENTIEL. Musée des Arts décoratifs de Lausanne, av. de Villamont 4, tél. 021 323 07 56. Mercredi à dimanche de 11h à 18h, mardi de 11h à 21h. Fermé le lundi. Jusqu'au 19 mars.