Quand l’artistea mal à son art

Genre: récits
Qui ? Aude Hauser-Mottier
Titre: La Musique de la douleur
Chez qui ? Mercure de France, 185 p.

C’est le livre d’une thérapeute. La Genevoise Aude Hauser-Mottier est physiothérapeute et analyste jungienne. Mais elle est aussi musicienne, pianiste et c’est sa passion pour la musique et les artistes qui l’a amenée, raconte-t-elle, à se consacrer à leurs maux spécifiques.

Ce qu’elle soigne porte un nom savant: la «dystonie de fonction». Ce sont des crampes qui surgissent à un moment précis de l’exécution, un doigt, un membre qui devient soudain malhabile, un handicap qui entrave la quête de la perfection et se joue de l’idéal de beauté auquel l’artiste aspire. Le voilà sans aile, incapable de faire ce à quoi il se croit destiné.

Là interviennent des exercices, des assouplissements, des moyens de regagner peu à peu l’usage de son corps. Mais toujours, l’esprit veille, et se montre souvent moins souple que les muscles. Les paralysies sont avant tout mentales, montre Aude Hauser-Mottier, dans ces sept récits romancés.

Un peu à la manière de Freud racontant ses patients extraordinaires, Aude Hauser-Mottier expose chaque cas. Elle le fait avec beaucoup d’empathie, de chaleur et de délicatesse. Nul voyeurisme, au contraire. La pudeur est à l’œuvre, même lorsqu’elle raconte les rêves les plus scabreux de ses patients.

Le lecteur suit ces artistes accomplis sur le chemin des rêves. Là se dessinent des voies pavées de pianos («Les pianos sous la glace»); ici et là, pères et mères se penchent sur les berceaux, instillant à leur insu le germe de paralysies à venir. Leurs histoires propres pèsent sur celles de leurs descendants. Ainsi, celle de ce père amoureux du violoncelle, revenu transfiguré de la guerre, qui terrorise et fascine son enfant («Le violoncelle et le revenant»); celle de cet acteur drôle et brillant, dont la fille cachée a réprimé toute sa vie ses impulsions clownesques dans une famille collet monté («La juste note»).

Aude Hauser-Mottier nous emmène dans un autre monde que celui de la pure littérature. L’enjeu est vital pour chacun de ses héros, et le dénouement souvent soulageant et émouvant, même s’il peut parfois surprendre, comme chez ce pianiste qui finit par découvrir que le piano n’est pas sa vocation. L’écriture, soignée, sert avant tout son propos. Mais l’omniprésence du rêve donne au livre une dimension fantastique, étonnante.