La «maison de Balzac», située aujourd'hui dans le XVIe arrondissement, est encore à la campagne en 1840. Pourchassé par les créanciers, l'écrivain avait jeté son dévolu sur cette bâtisse discrète mais proche de la capitale. Balzac avait une conception élargie de l'artiste. Etaient artistes aussi bien des scientifiques, comme Newton, que Napoléon, à qui il vouait une véritable vénération. L'artiste, selon Balzac, titre de l'exposition présentée actuellement dans la maison de l'écrivain, est celui qui se pose des questions sur le génie et sur la gloire.

Un «forçat littéraire»

Raphaël, par exemple, représentait pour Balzac l'artiste libre alors que le Corrège incarnait l'artiste souffrant, auquel il s'identifiait. «Forçat littéraire», se décrivait-il lui-même. Lorsque Balzac dit: «Penser, c'est voir», il affirme la capacité visionnaire de l'artiste. Pour illustrer cette «seconde vue», quelques ouvrages de mystiques du XVIIe siècle, et de Swedenborg. Mais la découverte la plus étonnante est bien celle de l'œuvre dessiné, très inspiré, de son ami Théophile Bra, dont l'ange sculpté lui donnera l'idée de son roman mystique, Seraphita. Ses encres, inédites jusqu'à ce jour, préfigurent des expériences surréalistes; des textes automatiques, «visionnaires», se mêlent à des dessins tout aussi «dictés» par le somnambulisme ou les associations libres, dans un style unique et inouï, entre figuratif et abstrait.

Des traités d'alchimie, de physiognomonie et de phrénologie, comme de magnétisme, côtoient des terres cuites de Bernard Palissy et des dessins de fossiles par Cuvier. La visite se termine par la magnifique série des dessins de Picasso (1925-1926) qui illustrèrent Le Chef-d'œuvre inconnu.

Cafetière fétiche

Le sous-titre de l'exposition, «Entre la toise du savant et le vertige du fou», rappelle combien Balzac a lutté entre ces deux pôles. Les sept années passées rue Basse (rue Raynouard) furent capitales pour son œuvre. C'est là qu'il écrivit Splendeurs et misères des courtisanes, en 1841, mais aussi La Rabouilleuse, La Cousine Bette, Le Cousin Pons… Et qu'il corrigea l'ensemble de La Comédie humaine. De très petite dimension, sa table de travail est certainement le témoin le plus émouvant du lieu, peut-être avec la fameuse cafetière, marquée à ses initiales, où chauffait le café de celui qui se faisait réveiller à minuit pour écrire jusqu'au matin.

L'artiste, selon Balzac. Jusqu'au 5 sept. Maison de Balzac, 47, rue Raynouard, 75016 Paris. Tél. 0033/142 24 56 38. Tous les jours sauf lundi et jours fériés. de 10 h à 17 h 40.