Locarno Festival

«Las cinéphilas», cinéma mon amour

La Semaine de la critique s'est ouverte sur un film choral consacré à une poignée de retraitées cinéphiles

Section indépendante du Locarno Festival gérée par l’Association suisse des journalistes cinématographiques, la Semaine de la critique propose pour la 28e année consécutive sept documentaires de création. Après une longue gestion alémanique et deux ans sous une direction romande, elle a dorénavant un délégué général tessinois en la personne du journaliste de la RSI Marco Zucchi. Cela faisait quelque deux décennies qu’un italophone n’avait pas occupé ce poste. Un beau symbole en cette année anniversaire pour un festival qui célèbre sa 70e édition.

En guise de projection inaugurale, la Semaine de la critique a proposé un film touchant d’humanisme, à défaut d’être visuellement sidérant, conçu comme un hommage au cinéma. On y suit plusieurs retraitées espagnoles, uruguayennes et argentines qui partagent un même amour pour le cinéma. Arrivées au crépuscule de leur vie, aller voir un film est pour elles la promesse de rompre avec une monotonie parfois assommante, de voyager, de rêver. De se souvenir, aussi.
Mais au-delà de cette déclaration d’amour au septième des arts et de confidences tour à tour émouvantes ou tragicomiques, Las cinéphilas dégage une infime mélancolie.

La mort des salles de quartier

La plupart des cinémas que fréquentent Lucia, Norma ou Paloma, d’autant plus lorsqu’il s’agit de salles d’art et essai, sont en effet désespérément vides. Le cinéma, aujourd’hui, se consomme autrement, la cinéphilie se vit souvent chez soi, en solitaire, alors que le cinéma est dans son essence même une expérience collective. Voir ce film à Locarno dans un Kursaal plein est certes réconfortant, mais cela ne saurait masquer la réalité de la distribution courante, où les films fragiles et du patrimoine sont trop souvent sacrifiés. Dans le fond, c’est aussi de cela que parle Las cinéphilas: que vont devenir les cinémas de quartier lorsque la génération de cinéphiles éduquée par les ciné-clubs ne sera plus là?

Après cette ouverture toute en sensibilité, la Semaine de la critique propose un week-end helvétique avec la projection samedi de Favela Olimpica, du Romand Samuel Chalard, puis le lendemain de Das Kongo Tribunal, réalisé par le metteur en scène bernois Milo Rau, qui ces dernières années a secoué la scène théâtrale helvétique avec des pièces profondément ancrées dans le réel.

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