L'exploit est de taille, la performance à saluer: même séparés, les frères Gallagher parviennent à mobiliser l'opinion avec leurs frasques désormais légendaires. Mercredi soir au Paléo festival de Nyon, le groupe Oasis n'a pas failli à sa règle hautaine en quittant la scène après vingt minutes de concert environ. Manifestement agacé par quelques projectiles lancés en direction du groupe par une poignée de spectateurs exubérants, le chanteur Liam Gallagher a choisi de mettre fin à l'un des événements les plus attendus du festival. Non sans avoir au préalable adressé aux dizaines de milliers de spectateurs présents devant la grande scène un geste d'insulte à l'anglaise, index et majeur levés.

Un incident déplorable pour le festival, qui s'inscrit dans une suite ininterrompue de débordements répercutés depuis le début de l'été par la presse anglaise. Absent de la tournée européenne depuis le mois de mai, Noel Gallagher (guitariste et principal compositeur du groupe) avait ainsi renoncé à accompagner son frère sur les scènes du continent à la suite d'une prise de bec mémorable survenue lors du dernier concert parisien d'Oasis. Dans l'intervalle, la séparation très médiatique du couple formé à la ville par Liam et Patsy Kensit s'est envenimée lorsque le chanteur, vidant son sac en plein concert londonien samedi dernier, a qualifié son ex de «s....» et le stade de Wembley de «shithole» («trou à m…»).

Tout avait pourtant bien commencé pour le groupe de Manchester mercredi soir à Paléo. En coulisses, l'ambiance était bonne et le groupe disposé à donner un bon concert, selon les dires de Daniel Rossellat lors de la conférence de presse tenue à la suite de l'incident. Investissant la scène au son de son dernier single «Go Let It Out», Oasis s'est même montré relativement communicatif, Liam adressant, dans un anglais certes difficile d'accès, quelques commentaires au public nyonnais. Eternel poseur à l'arrogance proverbiale, le chanteur s'est vite révélé la principale attraction d'une formation par ailleurs poussive, parcourant d'un timbre admirablement voilé quelques grands moments du répertoire d'Oasis comme «Supersonic» ou «Shaker Maker».

Bien vite, cependant, l'ambiance tourne au vinaigre lorsque Liam se voit légèrement aspergé par un verre d'eau projeté sur la scène. Quelques échauffourées verbales plus loin, le groupe quitte une première fois la scène, sous les huées du public. De retour au micro, les quelques mots crus du chanteur ne sont pas de nature à calmer les spectateurs les plus échauffés, qui poursuivent leur travail de sape. Bouteilles et pièces de monnaie selon le communiqué de presse du groupe, les projectiles utilisés n'auraient été, selon Daniel Rossellat, que quelques «ballons remplis d'eau».

«Enfants gâtés»

Pour le directeur du festival, le forfait d'Oasis relève avant tout d'une «attitude d'enfants gâtés». «A aucun moment, poursuit-il, la sécurité du groupe n'a été mise en danger.» Là se situe pourtant la pierre d'achoppement des négociations conduites par les organisateurs du festival pour tenter, en vain, de faire remonter le groupe sur scène. «Oasis a cédé à une sorte de psychose, s'imaginant qu'il y avait des hooligans parmi le public nyonnais, et a même été jusqu'à appeler l'ambassade d'Angleterre pour assurer sa sécurité.»

De mémoire de Paléo, pareil cas ne s'était encore jamais présenté. Un hasard heureux, sans doute, si l'on considère combien l'histoire des musiques populaires s'est nourrie de ces frasques de stars caractérielles, des colères de Frank Zappa aux exigences tyranniques de Keith Jarrett. En invitant Oasis à Nyon, le Paléo festival a pris sciemment le risque d'offrir au groupe anglais, dont la réputation outre-Manche n'est pas des meilleures, l'occasion de se frotter à un public exigeant. Ce qui, pour une formation dont l'ego croit de manière inversement proportionnelle à sa crédibilité artistique, n'est manifestement plus tolérable.