Une fois de plus, les oreilles de Mickey de George W. Bush ont dû siffler. Mardi, en seconde partie de soirée, Paléo a résonné jusqu'au bout de la nuit de diatribes contre la politique américaine. Et pris les allures d'un meeting politique, au sein duquel l'arène publique a acquiescé avec force applaudissements à la moindre injonction.

De Massive Attack à Gnawa Diffusion, de Ska-P à Nada Surf et de Jéronimo à Asian Dub Foundation, tous les styles musicaux se sont accordés sur les fausses notes du pays de l'Oncle Sam.

Invectives par écran digital interposé pour des Massive Attack fascinants de noirceur et listant les budgets militaires mondiaux par ordre croissant, du Luxembourg aux Etats-Unis; «Bush, ça suffit» dans la bouche du chanteur belge Jéronimo dont le répertoire contient une adaptation de la chanson de Bowie «I'm afraid of Americans»; distanciation à haute voix des rockeurs yankees de Nada Surf par rapport aux agissements de leur président; dénonciation de la «forteresse Europe» et par extension celle des gouvernements du Nord, refoulant l'immigration économique qu'ils ont contribué à créer, par le collectif d'origine indo-pakistanaise Asian Dub Foundation; chacun y est donc allé à sa manière de son couplet protestataire. Sporadiquement et gravement, comme une soudaine lame de fond.

Un peu plus tôt, Tryo n'a pas non plus manqué la cible sous un chapiteau bondé. Le quatuor de «reggae akoustic» a triomphé en présentant quelques-unes de ses dernières chansons nettement plus engagées qu'avant. Entre l'évocation du conflit israélo-palestinien et le nouveau colonialisme pétrolier pratiqué par la France en Afrique, Tryo glisse aussi des propos anti-Bush dans ses textes et loue l'altermondialisme. Dans une oasis de légèreté scénique, faite de quatre palmiers et d'un bar, le message apparaît d'autant plus virulent. En voie d'affranchissement de ses structures reggae, les mélodies de Tryo offrent une fluidité inédite à un verbe toujours plus leste. Mali, à la guitare et au chant, attribuait à l'heure de l'interview l'élargissement de focale du groupe «à la guerre en Irak» notamment: «Nous ne pouvons plus seulement être engagés à l'échelle de notre pays. Face aux violences et à ses répercussions, l'engagement doit être global lui aussi.» Mardi nuit, tout le monde l'avait compris.