Sam Stourzdé, tout nouveau directeur du Musée de l’Elysée à Lausanne, en rêvait. L’Association Charlie Chaplin, qui gère les archives du cinéaste, a accepté de lui remettre ses photos. Quelque 10 000 clichés, des images de plateau pour beaucoup, des portraits, quelques tirages plus intimes et familiaux, dont le Musée a obtenu la garde à long terme. Le point avec Kate Guyonvarch, directrice de l’Association Charlie Chaplin, chargée de préserver l’œuvre du cinéaste.

Le Temps: Quel rapport Charlie Chaplin entretenait-il avec ses archives? Kate Guyonvarch: Nous avons l’impression que son frère Sydney Chaplin, et son demi-frère Wheeler Dryden, qui travaillaient tous deux aux studios, y accordaient plus d’importance que Chaplin lui-même. Nous avons certains documents grâce à Sydney et non à Charlie. Pour le Musée de l’Elysée, il s’agit de photographies et de négatifs, tout le monde y accordait de l’importance. Il est étonnant que des centaines de négatifs sur verre aient pu traverser l’Atlantique dans les années 50 sans se casser. Nous avons beaucoup de chance.

– Classait-il tous ses documents ou était-il plutôt désordonné? – Les employés des studios Chaplin à Los Angeles classaient tout, très soigneusement. C’était une vraie entreprise, chaque employé avait son rôle comme dans une société normale…

– Savez-vous ce que ces archives représentaient pour lui? – Je l’ignore. Je sais néanmoins que les archives papier lui ont beaucoup servi quand il écrivait son autobiographie au Manoir de Ban. Il s’est replongé dedans pour mieux se souvenir de certaines choses.

– A-t-il soumis des exigences à leur utilisation future? - Non.

– Que contient le fonds de photographies? – Nous avons certaines photos/cartes postales de sa carrière chez Karno, ses tournées aux Etats-Unis et quelques images des films qu’il a tournés chez Keystone, Essanay et Mutual entre 1914 et 1917. Mais la majorité des images proviennent des studios Chaplin, ouverts en 1918: films, tournages de films, photos de plateau, les gens connus qui passaient voir comment on faisait du cinéma. Il y a beaucoup de portraits, des photos publicitaires pour les films mais également quelques photos de vacances et de vie privée, sa famille et ses enfants aux Etats-Unis, en Suisse ainsi qu’en villégiature.

– Qui a pris ces clichés? – Pour la plupart, les cameramen des studios Chaplin, ou d’autres employés des studios. Pour les portraits, parfois des photographes connus tels Steichen ou Abbé.

– Chaplin lui-même prenait-il des photos et si oui, figurent-elles dans le fonds? – Non, c’est Oona Chaplin qui prenait les photos de famille.

– Est-ce que ces documents révèlent une face méconnue du personnage? – Non.

– Pourquoi avoir choisi le Musée de l’Elysée pour les déposer? – Parce que son nouveau directeur nous l’a proposé. Et il nous semblait très intéressant de les avoir à Lausanne, à côté de nos archives papier qui sont à Montreux. Que tout revienne en Suisse, près de Corsier. De plus, c’est un musée qui s’occupe uniquement de photographie, donc un lieu parfait pour la conservation et la préservation, ainsi que la valorisation de ce patrimoine.

– Avez-vous posé des conditions, notamment quant à l’accès de ces images au grand public? – Oui, tout accès se fait avec notre accord au préalable.

– Ce dépôt à l’Elysée ne risque-t-il pas de péjorer le futur musée Chaplin? Des accords de collaboration sont-ils prévus? – Au contraire, si la collection est à Lausanne, il sera encore plus facile pour le futur musée Chaplin d’avoir un accès aux originaux pour les exposer, de faire un roulement, d’organiser des expositions temporaires. Des accords de collaboration sont bien entendu prévus, pour l’accès et pour des projets pédagogiques en partenariat.