Pour le peintre, l'atelier c'est son monde. C'est le monde. Et le monde, c'est beaucoup de soi-même quand, comme Sergio de Castro on est né en 1922 à Buenos Aires, en Argentine, et qu'on vient s'établir à Paris dès 1949. «Je peindrai des ateliers toute ma vie, comme d'autres ont peint des autoportraits.» Laurence Fasel, la commissaire de l'exposition, a mis cette affirmation de l'artiste en exergue dans le catalogue.

Une sélection de ses œuvres est présentée au château de Gruyères, dans deux salles. Sergio de Castro est loin d'être un inconnu en terre fribourgeoise. La collégiale de Romont est décorée d'une suite de vitraux, Les Prophètes, qu'il a créée en 1981. A Gruyères, l'une des deux salles est tout entière, à l'exception d'un Bouquet, consacrée à une série des Ateliers. Elle réunit 35 encres et gouaches des années 1977 à 1993. Des dessins aux colorations fortes et à l'écriture limpide.

L'œuvre picturale

L'autre salle remonte davantage dans le temps, jusque vers 1958, présente l'œuvre picturale, 18 huiles, parfois spatulées au couteau. Ses paysages, limités à quelques zones, rivage, mer, ciel, pans de mur, évoquent des abstractions à la Nicolas de Staël. Tandis que ses natures mortes s'installent dans des silences à la Giorgio Morandi. En plus assourdis. Et dans des tons plus sombres, plus denses. Mais, au gré d'assemblages risquant des déséquilibres plus risqués. Lorsqu'un vase, par exemple, s'aventure au bord d'une table.

Effervescence perpétuelle

Puis, dans les années 1972-74, un cycle plus baroque, plus visionnaire emporte tout dans des envolées de feuilles multicolores. Comme pour faire contrepoids à la générosité des corps féminins, à la pesanteur des nus d'alors. Et retrouver la légèreté de la musique, qui fut sa formation première, lorsque Sergio de Castro était l'assistant du compositeur Manuel de Falla à Alta Gracia, de 1945 à 1946, jusqu'à la mort du maître en Argentine.

Ces sonorités, on les retrouve dans la série des Ateliers, sorte de carnet de gammes enjouées pour décrire la perpétuelle effervescence d'un lieu de travail. Il y a le décor quasi statique, dessiné d'un trait linéaire, plus ou moins fin, selon les époques. Et puis il y a le coloriage. Cette manière de mettre du poids sur un élément plutôt qu'un autre, selon les éclairages, les humeurs du moment, l'attention portée à un détail, aux outils de travail, à un sujet sur une toile. L'atelier, en autoportrait de la vie de la peinture.

Sergio de Castro. Château de Gruyères (Gruyères, tél. 026/921 21 02, http://www.chateau-gruyeres.ch). Tous les jours 9-18h (10-16h30 à partir du 1er nov.) Jusqu'au 9 novembre.