Traduire est une science en marche. Voici, après le texte original de Virgile, la traduction qu’en donnait Jacques Perret en 1977, puis celle de Paul Veyne. On est au tout début du Chant IV – Didon, reine de Carthage, sent son cœur céder à la beauté d’Enée…

Texte original: «At regina graui iamdudum saucia cura/uolnus alit uenis et caeco carpitur igni./Multa uiri uirtus animo multusque recursat/gentis honos; haeret infixi pectore uoltus/uerbaque, nec placidam membris dat cura quietem.»

Traduction Perret: «Mais la reine depuis longtemps blessée d’un mal inguérissable nourrit sa plaie du sang de ses veines et se consume d’un feu caché. Sans cesse la valeur, sans cesse la noble ascendance du héros se représentent à son esprit; traits du visage, paroles restent gravés dans son cœur et le mal dont elle souffre refuse à ses membres l’apaisement, le repos.»

Traduction Veyne: «La reine, elle, n’était que depuis trop longtemps en proie à un profond tourment. Elle nourrit cette plaie du sang de ses veines et se consume d’un feu caché. Cent fois la vaillance de ce guerrier, cent fois sa noble ascendance lui reviennent à l’esprit, ses traits et ses paroles lui restent plantés au cœur et ce tourment n’accorde pas à son corps de sommeil paisible.»