Projeté cet après-midi, le film brésilien qui amorce la compétition locarnaise n'est pas jovial, pas samba mais plutôt rock alternatif d'une scène pauliste qui n'a rien à envier aux expériences urbaines européennes. Sauf qu'un joint, sous les tropiques, peut mener loin, dans un ailleurs moins souriant que les quais montreusiens en période festivalière.

Première œuvre

Tiré d'un roman autobiographique publié au Brésil à la fin des années 70, le film Bicho de 7 cabeças, première œuvre d'une cinéaste de 35 ans, Lais Bodanzky, plonge directement dans l'enfer psychiatrique inauguré sous la dictature mais jamais complètement disparu, dans un pays où nulle loi n'interdit les électrochocs. Le garçon interné par sa famille déboussolée à la vue d'un joint et d'un comportement adolescent certes brouillon évoque la jeune fille du fameux Family Life de Ken Loach, film manifeste de l'antipsychiatrie. La rage de vivre, en plus. Le vrai rescapé de cette histoire terrible milite aujourd'hui encore pour une médecine à visage humain. Le message est désormais véhiculé par ce film qui rafle tous les prix dans son pays et qui est porté par un jeune acteur de 26 ans, Rodrigo Santoro, issu des telenovelas en vogue. La Suisse n'est pas étrangère au succès de ce film qui n'aurait pas vu le jour sans le soutien de la Fondation Montecinemaverità (lire ci-????), toujours sous l'égide de l'ancien directeur du Festival de Locarno, Marco Müller, qui a aussi engagé sa maison de production italienne Fabrica Cinema aux côtés de la productrice brésilienne Sara Silveira. Un prix faciliterait la distribution de cette œuvre originale en Suisse. Filmé comme un documentaire urbain apte à capter des moments insolites, doté d'une savoureuse séquence footballistique striée d'éclairs visuels et sonores électriquement iconoclastes, très fort dans sa dénonciation de la répression psychiatrique, Bicho de 7 cabeças ne joue pas sur l'émotion (pas assez peut-être) et choisit d'être sec jusque dans sa description de rapports familiaux banals et fatalement décevants.