Woodstock Forever (2/5)

A l’aube chantante de la gloire: Woodstock, faiseur de légendes

Rassemblant les poids lourds de la musique pop, le festival a aussi donné leur chance à des débutants. Certains sont devenus des stars mondiales, comme Joe Cocker, le prolo de Sheffield, ou Carlos Santana, le guitariste chicano

A l’occasion du cinquantenaire de Woodstock, «Le Temps» fait revivre le festival légendaire qui a changé l'histoire de la musique.

Le premier article: A Monterey en 1967, le premier grand open air de l'histoire du rock   

C’est un inconnu, un petit plombier de Sheffield, qui est monté sur scène dans son pull richement teint sur nœuds et sous sa tignasse hirsute. C’est une star qui l’a quittée 85 minutes plus tard. Accompagné par le Grease Band, Joe Cocker se consume. Il rugit comme un lion du Mississippi, son corps se convulse, ses mains brassent l’air, esquissant des solos d’air guitar, cherchant à saisir l’impalpable. Le show se termine par une reprise de With A Little Help From My Friends des Beatles. Enfin, une reprise. Une réinvention, une sublimation, une fission nucléaire – «C’était juste hallucinant, il a transformé notre chanson en hymne soul», a commenté Paul McCartney. Joe Cocker chante à s’en déchirer l’âme. Au dernier couplet, il émet un hurlement viscéral, un cri primal qui donne aujourd’hui encore le frisson…

Les grands, ceux qui avaient 17 ans en 1969 et savaient tout, annonçaient la mort prochaine de ce soulman spasmodique. Ils se trompaient. Joe Cocker a certes connu des passes difficiles et des problèmes d’alcool, mais il a porté des costumes Armani, multiplié les tournées et les succès (Unchain My Heart), tourné un clip avec Catherine Deneuve (N’oubliez jamais). Il est décédé en décembre 2014 dans son ranch du Colorado, à l’âge de 70 ans.