Difficile, par les temps qui courent, de trouver un film plus audacieux et même risqué que Vinyan. Avec son premier ouvrage, le traumatisant Calvaire (2004), le Belge Fabrice Du Welz avait déjà repoussé les limites du film de genre: parmi les innombrables hommages au cinéma d'horreur des années 1970 qui se fabriquent actuellement, le réalisateur avait affirmé un sens de l'image et un propos, la régression animale de l'homme moderne, qui le distinguaient du lot.

Et ce n'est rien de dire que Vinyan confirme cette singularité: il la fait exploser, des premières images - Emmanuelle Béart émergeant des eaux de Thaïlande où elle est restée depuis le tsunami de décembre 2004, orpheline d'un fils disparu - aux dernières, potentiellement scandaleuses - Emmanuelle Béart, nue dans la forêt tropicale et couverte de boue au milieu d'enfants qui la caressent. Car passé l'un des plus subtils et utiles génériques vus sur un écran, c'est-à-dire l'évocation du tsunami par des images abstraites qui immergent le spectateur d'emblée, Vinyan ose plaquer l'intrigue et la portée du roman de Joseph Conrad, Au Cœur des ténèbres (inspiration de Coppola pour Apocalypse Now), sur la thématique de la perte d'un enfant. Au point que, au fil de la parabole, Emmanuelle Béart devient une incarnation féminine du colonel Kurtz, alias Marlon Brando.

L'Apocalypse Now du couple

Fabrice Du Welz n'a pas seulement choisi un thème délicat, une comédienne réputée difficile, un partenaire inattendu qui forme avec elle un couple de cinéma parfait (Rufus Sewell, talent en attente depuis Dark City d'Alex Proyas en 1998), il a aussi, avec une rigueur esthétique hors du commun, osé diluer, en tournant quasi chronologiquement, la parabole dans les décors, les rues, la moiteur réels de la Thaïlande. Du coup, le trouble s'installe, qui fait cohabiter une réalité documentaire et un niveau plus onirique. Les parents (Béart et Sewell) remontent la rivière, elle persuadée que son fils a en fait été enlevé par des marchands d'organes, lui plus sceptique mais œuvrant jusqu'à l'impossible pour accompagner l'espoir de sa femme. Car c'est cela que l'émouvant Vinyan aborde d'abord: comment survivre à la mort d'un enfant et garder le couple soudé autour d'un même espoir?

Vinyan, de Fabrice du Welz (France, GB 2008), avec Emmanuelle Béart, Rufus Sewell, Julie Dreyfus. 1h40.