Vingt-sept ans. Et déjà plusieurs vies derrière lui. Assistant de Claudio Abbado, Patrick Lange a tout du surdoué qui pourrait presque agacer tant sa destinée semble tracée comme du papier à musique. Or le nouveau chef titulaire de l'Orchestre de chambre de Genève (OCG) dégage une fort belle personnalité, enjouée, soucieux visiblement d'œuvrer pour l'orchestre plutôt que pour son ego.

Le coup de foudre a eu lieu il y a près d'un an. L'OCG s'est décidé plus vite que prévu pour désigner un successeur au chef partant Michael Hofstetter (LT du 06.07.07). Patrick Lange - que le directeur artistique Marcel Quillévéré avait vu sur une vidéo dirigeant l'Orchestre des jeunes Simon Bolivar au Venezuela - a fait la différence lors d'une séance de travail avec les musiciens. Ensemble, ils ont répété La Nuit transfigurée de Schönberg et la 9e Symphonie de Schubert au lendemain du dernier concert par Michael Hosfstetter. Et le courant a passé.

L'influence d'Harnoncourt

Patrick Lange arrive à une période charnière de l'OCG. L'orchestre a atteint un haut niveau musical depuis que Michael Hofstetter en a forgé la sonorité. Archets classiques, cors et trompettes naturels, timbales en peau: il a acquis une culture de l'interprétation «historiquement informée». Patrick Lange entend poursuivre dans cette voie. «Comme beaucoup de jeunes chefs, j'ai été marqué par Nikolaus Harnoncourt. Son compromis entre instruments modernes et instruments d'époque me semble satisfaisant. Je me sens plus proche de lui que d'un Roger Norrington qui préconise le son des instruments d'époque comme une religion.»

Dans l'idéal, Patrick Lange aimerait qu'on puisse «reconnaître la sonorité de l'OCG». Et surtout, il insiste sur des «interprétations vivantes», et non pas «comme dans un musée». Lui-même estime que l'OCG occupe un créneau complémentaire à celui de l'OSR. «Notre répertoire et notre style d'interprétation sont différents. Nous avons à cœur de prendre des risques, comme le poème dramatique Manfred de Schumann qui ouvrira la saison prochaine.» De fait, les six concerts d'abonnement prévus en 2008 et 2009 sont placés sous le signe de l'audace. «Special, very special», se plaît à souligner Patrick Lange, non par orgueil, mais par enthousiasme. Les concerts ont été bâtis d'entente avec Marcel Quillévéré, directeur artistique de l'OCG, et les musiciens. «Dans beaucoup d'orchestres, c'est le chef titulaire qui impose un programme à ses musiciens. Ici, les décisions se font en collégialité. Je me vois comme le primus inter pares.»

Chef, un rêve d'enfant

Patrick Lange est né à Greding, en Bavière. Garçon de chœur aux Regensburger Domspatze sous la houlette du frère aîné du pape, Georg Ratzinger, il a grandi entouré de musique de la Renaissance et du baroque. A 12 ans, il savait qu'il voulait devenir chef d'orchestre. Il a fait tous les petits jobs au Stadttheater de Regensburg, a dirigé à 16 ans une comédie musicale de Stephen Sondheim. Etudes à Würzburg et Zurich. Au bénéfice d'une bourse, il est parvenu à devenir l'assistant d'Abbado à l'Orchestre des jeunes Gustav Mahler, mais aussi à Berlin et à l'Orchestre Mozart de Bologne. «Abbado ne parle peut-être pas beaucoup pendant les répétitions, mais il mûrit longuement ses interprétations.» Et l'assistant d'annoter les partitions avec les préconisations du maître, notamment pour les retouches dynamiques.

Bien des projets l'attendent, lui qui a été sacré «Jeune chef d'orchestre de l'année» au printemps 2007 (Prix européen de la culture). Parallèlement à l'OCG, Patrick Lange vient d'être nommé Kappelmeister au Komische Oper de Berlin. L'avenir semble prometteur: l'OCG va bientôt signer une nouvelle convention quadriennale avec la Ville et l'Etat de Genève (2009-2012) et passera du statut d'association à celui de fondation.