Un Prix Goncourt est-il soumis à un devoir de réserve quand il s’exprime sur son pays et ses gouvernants? C’est ce que pense le député UMP Eric Raoult, poids lourd de l’assemblée, qui demande au ministre de la Culture Frédéric Mitterrand de rappeler à l’ordre Marie NDiaye. Motif? Les propos tenus par l’auteur de Trois femmes puissantes dans le magazine Les Inrockuptibles, fin août, deux mois avant d’être sacrée reine des lettres par le jury du Goncourt.

L’insolente s’expliquait en ces termes sur son choix de s’établir à Berlin avec son compagnon Jean-Yves Cendrey, comme le rapporte le site du Nouvel Observateur: «Je trouve cette France-là monstrueuse. Le fait que nous ayons choisi de vivre à Berlin depuis deux ans est loin d’être étranger à ça. Nous sommes partis juste après les élections, en grande partie à cause de Sarkozy […]. Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité…»

Vive les femmes puissantes

La charge est lourde. La riposte éléphantesque. Eric Raoult en appelle à la responsabilité d’une «personnalité qui défend les couleurs littéraires de la France et se doit de faire preuve d’un certain respect à l’égard de nos institutions…» Hier soir, toujours sur le site du Nouvel Observateur, Marie NDiaye déclarait «grotesque» la demande d’Eric Raoult, dont les propos «dépassent en ridicule tout ce qu’on peut imaginer». Et d’enfoncer le clou en dénonçant la politique d’immigration menée depuis deux ans.

Membre du jury du Goncourt, Bernard Pivot observe quant à lui qu’un lauréat n’est pas la voix de la France et qu’il n’est pas question de lui imposer un devoir de réserve. Et quand on lui rappelle que le lauréat de l’an passé Atiq Rahimi s’est distingué par ses prises de position contre l’expulsion de réfugiés afghans, il répond: «Le point commun, c’est qu’Atiq Rahimi faisait lui aussi le portrait d’une femme puissante dans Syngué sabour. Alors si vous voulez, oui, le Goncourt aime les femmes puissantes.»