Cinéma

Laurel et Hardy, amuseurs éternels

A Locarno, les deux bouffons cassent la baraque. Leur génie comique fonctionne aussi bien qu’au premier jour. Il rend les enfants fous de joie

Le Locarno Festival consacre sa rétrospective à Leo McCarey. Ce maître de la comédie hollywoodienne a fait ses armes à l’école du burlesque. C’est lui qui aurait eu l’idée de réunir Stan Laurel et Oliver Hardy en 1927, dans Putting Pants on Philip. Les vingt-cinq films qu’il a réalisés ou supervisés pour l’explosif binôme sont projetés.

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Pourvu d’un alibi culturel et professionnel inattaquable, on se faufile dans le GranRex pour retrouver les deux zigotos découverts en super-8 lors de goûters d’anniversaire ou de fêtes de charité. Cette séance propose cinq courts métrages de 20 minutes, réalisés en 1929 – à l’époque on comptait une semaine de tournage, et trois semaines plus tard le film était en salles… – et accompagnés au piano par Daan van den Hurk.

Un cheval sur le piano

Misère! On avait oublié la dinguerie de Laurel et Hardy! Leur potentiel de nuisance, leur fureur destructrice, leur anarchisme bonhomme, leur candeur et leur malice sont sans limites! Dans Wrong Again, les deux inadaptés apprennent qu’une grosse somme d’argent récompensera celui qui rendra Blue Boy à son propriétaire. Comme c’est le nom d’un cheval, ils le lui ramènent. Or, quiproquo surréaliste, Blue Boy (L’enfant bleu) est le titre d’un tableau de Gainsborough. Quand on leur intime de le poser sur le piano, ils attribuent cette lubie à la fameuse excentricité des millionnaires et obéissent. Le canasson juché sur l’instrument enclenche le cycle des calamités ahurissantes.

Dans Big Business, Laurel et Hardy, marchands de sapins de Noël, sonnent à la porte d’un bungalow. L’occupant n’a pas besoin de sapin. Ils insistent. Au douzième coup de sonnette, le locataire excédé décapite le conifère. Ce coup de cisaille marque le début des hostilités. Œil pour œil, dent pour dent, géranium pour rétroviseur… Imperturbables, les deux wisigoths à chapeau melon réduisent en poudre la maison et le jardin du grincheux tandis que celui-ci démantibule leur automobile. La folie atteint son point culminant quand Hardy, armé d’une pelle, fracasse à la volée les porcelaines de Chine que Laurel lui lance.

Tarte à la crème

Les gags, les chutes, les quiproquos sont réglés avec une précision qui force l’admiration. Au restaurant, le serveur qui fait les frais des maladresses des brise-fer ne trébuche pas une fois, mais trois. Et sur son plateau, il ne porte évidemment pas des fruits secs, mais une pièce montée excessivement crémeuse (That’s My Wife). La récurrence du motif est irrésistible.

Les spectateurs hurlent de rire, les enfants plus fort encore. Leurs rires aigus sont extraordinairement émouvants. Les jeunes générations peuvent trouver obsolète l’humour des Bronzés ou des Nuls, mais ils succombent inconditionnellement aux pitreries de Laurel et Hardy. Muets, en noir et blanc, parfois abîmés, ces films de 90 ans datent d’une époque où les automobiles avaient une manivelle, les ascenseurs un liftier et un poste de radio pesait vingt kilos. Ils restent hilarants comme au premier jour. C’est sans doute ça, le génie. Hardy est décédé en 1957, Laurel en 1965, et pourtant ils parlent aux enfants de l’ère numérique. Ils sont immortels.

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