L’histoire commence dans un grenier à Delémont. Là, dans un coin, un violon prend gentiment la poussière. C’est l’instrument du grand-père, mais il en joue rarement. La petite-fille, elle, l’empoigne un jour, et elle ne le lâchera plus. Aujourd’hui, Laurence Crevoisier est une grande altiste, à l’aise tant dans le domaine dit «classique» (elle joue dans plusieurs orchestres romands et enseigne au Conservatoire de Lausanne) que dans celui dit «actuel» – elle a cofondé le quatuor Barbouze de chez Fior, elle a travaillé avec The Young Gods, Hemlock Smith ou Pascal Auberson, et elle vient de sortir son premier album solo, Husavika. Mais le mythe fondateur conserve chez elle toute sa prégnance: «Le violon, c’était ma botte secrète pour séduire mes grands-mères, dit-elle aujourd’hui. Et pour taper sur les nerfs de ma grande sœur.»

Si l’on veut faire sa vie dans les cordes, il faut s’y former. Le cursus de Laurence Crevoisier passera entre autres par la Haute Ecole de musique de Lausanne. Là, le plan d’études implique une année d’alto: elle va en tomber amoureuse. «Sa taille convenait davantage à ma morphologie, je l’avais mieux en main.» Et elle est fascinée par le son plus rond, plus grave de l’instrument (la tessiture de l’alto débute une quinte en dessous de celle du violon). L’alto: vu de ce côté-ci de la fosse d’orchestre, on a souvent l’impression qu’il est un parent pauvre. «C’est en partie vrai jusqu’à la période romantique, explique Laurence Crevoisier. Mais après, le répertoire se développe.»