Tribulations d’ego (3/5)

Laurence Ferrari et Renaud Capuçon: «allegro amoroso»

Virtuoses chacun dans son domaine, la journaliste et le violoniste donnent de l’allure à ce qu’ils touchent. Confidences de deux amoureux de musique et de hauteur

Actrices, musiciens, journalistes, hommes et femmes d’affaires... Cette semaine, «Le Temps» dresse le portrait de couples composées de deux personnalités fortes et hors normes.

Episodes précédents:

C’est un petit nid de verdure et de silence comme on en rêve. Une de ces résidences parisiennes si joliment appelées «Villa», abritées derrière de grands portails. On sonne. Le plus beau sourire du 20h de TF1, les yeux noirs pétillants et le charme nature de la journaliste surgissent. «Installez-vous à votre aise.» L’accueil est simple et chaleureux.

Comment Laurence Ferrari et Renaud Capuçon ont-ils déniché ce paradis? «Une simple annonce.» La maîtresse de maison échange sans chichis, tout en collaborant à l’installation du photographe. Une rallonge cherchée dans la cave, l’emplacement idéal discuté pour la séance, le piano épousseté, des bouteilles sorties du frigo et quelques verres apportés sur un plateau: l’hôtesse est au four et au moulin. Dans la cuisine ouverte, sa sœur et la fille que la présentatrice a eue de son premier mariage discutent avec une amie. «Tu as besoin d’aide?» «Non, merci.» Vie de famille…

Quand le musicien descend de l’étage, toujours aussi avenant malgré un vilain rhume, la ruche bourdonne dans le soleil matinal. «J’aime rentrer à la maison. C’est un havre de paix. Un indispensable cocon dans ma vie d’hôtels et d’avions. En un jour, je m’y régénère. Ce lieu incroyable, où Laurent Fabius est né, m’apaise complètement.»

Impressionnante collection

Pause photo. L’occasion rêvée pour détailler l’espace aéré et clair, tapissé de livres et de CD. Côté lecture, Laurence dévore jusqu’à trois recueils par jour, professionnellement ou par goût. «La littérature occupe une place centrale dans ma vie. Quand j’aurai atteint l’âge de la liberté, j’écrirai sans doute.»

Versant musique, Renaud a composé une impressionnante discothèque murale avec ses musiciens ou compositeurs d’élection (Giulini, Boulez, Barenboim…) «Leur présence m’accompagne. L’admiration, la connivence artistique ou l’amitié qui me lie à certains depuis plus ou moins longtemps me sont chères.»

«Il va falloir faire un peu de vide, s’amuse la belle femme blonde. Avec les nouveaux supports et pratiques informatiques, les CD deviennent obsolètes. Et les livres sont trop envahissants. La place gagnée nous permettra d’améliorer la décoration.» Ce que femme veut…

Mariés depuis 2009, parents d’un petit Elliott un an plus tard, on imagine que les deux célébrités se connaissaient avant de se rencontrer. «Pas du tout. Nous nous sommes vus la première fois lors d’une soirée organisée par le ministre Michel Barnier, qui avait invité un lot de personnalités savoyardes.»

Quand deux Savoyards se rencontrent

Coup de foudre immédiat? Les deux époux laissent comprendre que «l’intérêt» s’est développé après un premier dîner organisé de concert. On ne saura pas qui des deux a fait le premier pas. «Vu nos métiers très prenants et les incessants voyages de Renaud, nous avons échangé une véritable correspondance informatique qui nous a révélé les mêmes valeurs fondamentales, des sensibilités et des caractères très proches.» Longueur de temps…

Quand deux Savoyards se rencontrent, que se passe-t-il? «Il y a un fonds commun. Culturellement, une région génère des références partagées. Une forme de langage commun.» Aix-les-Bains et Chambéry se rejoignent donc à Paris. Et à Aix-en-Provence au Festival de Pâques de Renaud, autre territoire béni pour eux, par «sa lumière, ses parfums, sa chaleur, ses paysages et sa légèreté de contact et de vie».

Où se verraient-ils plus tard? «Sur les bords du Léman! Ce serait comme une forme de retour aux sources pour y vivre les années tardives», dit-elle. «Ce n’est pas un hasard si j’ai pris la classe de violon à la HEM de Lausanne, la direction des Sommets musicaux de Gstaad et dernièrement celle de l’Académie Menuhin à Rolle… Je me sens à la maison là-bas», avoue-t-il.

En attendant, Laurence et Renaud ne touchent pas terre. Mais s’ancrent sur leurs affinités et leurs différences. Ce qui les a rapprochés: la «lumière», premier qualificatif commun de leur vision de l’autre. Puis l’énergie qui les habite, la passion pour leur métier et leur admiration réciproque.

«La scène le transfigure dans une concentration incroyable. Sa virtuosité, sa façon de transcender les partitions, de tout donner et de libérer sa sensibilité après des heures de travail acharné m’ébahissent. Je retombe amoureuse de lui à chaque fois. Je chéris la poésie qui nourrit son art.»

Pour Renaud, c’est «l’aura et la force» de Laurence qui l’impressionnent. «Quand elle se met en marche, elle est inarrêtable. Sa capacité à entraîner les équipes, sa simplicité, sa gentillesse et sa puissance de travail sont inspirantes. Son sens de l’organisation, sa concision, sa rigueur et sa discipline me canalisent.»

La violence du 20h

La rivalité ou la compétition ne les concernent pas. «A aucun moment. Aimer c’est se réjouir du succès de l’autre.» Pour autant, la notoriété n’a pas été équitablement vécue. «C’est un manteau qu’on ne peut jamais quitter. J’ai beaucoup connu la surexposition médiatique. Je savais qu’en choisissant de présenter le 20h de TF1, ce serait éprouvant. J’avais averti Renaud…»

Le musicien a pourtant été frappé de plein fouet. «Cela n’a rien à voir avec le succès du monde classique, qui est plus restreint et partage les mêmes codes. Je n’imaginais pas à quel point c’était lourd. Presque violent. J’ai mis du temps à m’y adapter. Avec le temps, ça s’est calmé.»

Il a aussi fallu s’adapter aux cadences infernales des deux métiers. Le sport et une hygiène de vie stricte en sont les remèdes. Ski et course ensemble: Laurence et Renaud retrouvent là une harmonie. Avec les vacances en famille en point d’orgue.

Les différences, les positions politiques ou les divergences de goûts ne constituent pas un problème. «Notre couple n’est pas fusionnel mais complémentaire. Si Renaud ne danse pas et que j’aime bouger sur ABBA, s’il préfère les films français et moi la cinématographie américaine, s’il est fasciné par la figure de Mitterrand alors que moi pas, cela ne nous éloigne pas.»

La famille demeure le pilier de leur relation. «Comme l’air ou l’eau, le cœur de la vie.» Et le lien passe encore par la musique, que Laurence Ferrari a pratiquée au piano et à laquelle elle voue un véritable amour. En devenant récemment présentatrice de l’émission Entrée des artistes sur Radio classique, en parrainant le Festival de Rocamadour ou en réalisant la programmation des prochaines Rencontres d’Annecy, la présentatrice entre dans le monde de l’artiste. «Par goût personnel, précise ce dernier. Je n’y suis pour rien.» On sourit.

Prochain épisode: Adrien Barazzone et Lionel Baier.


Le pas de deux

Quels artistes avez-vous en commun?

LF et RC: «La violoncelliste Jacqueline Dupré, la pianiste Martha Argerich, le chef Daniel Barenboim et le peintre Lucio Fontana.»

Quelles figures politiques partagez-vous?

LF et RC: «Robert Kennedy, Nelson Mandela et Charles de Gaulle.»

Sur quelle musique dansez-vous?

LF: «J’aime bouger sur le groupe ABBA.»

RC: «Je ne danse pas.»

Quel cadeau vous faites-vous?

RC: «Je lui offre des chaussures. Je connais bien son style, ses goûts… et sa pointure.»

LF: «Je lui fais cadeau de stylos, de carnets ou de montres. Il aime collectionner les choses.»

De quel voyage rêvez-vous?

LF: «J’aimerais faire découvrir le Groenland à Renaud, ou l’emmener en safari en Afrique du Sud (pas pour chasser!).»

RC: «Je rêve de rester en France et de me reposer en Provence ou en Corse. Je me déplace tellement pour mon travail que le voyage intérieur ou proche me fait fantasmer.»

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