Laurence Voïta, qui a gagné cette année le Prix du polar romand, participe au premier Festival du polar suisse à Granges (SO) le week-end prochain. Son mari, le comédien et acteur Michel Voïta, a joué tout l’été un texte de Philippe Jaccottet, Pourquoi donc y a-t-il des fleurs? Rencontre avec un couple d’artistes, qui s’aime depuis longtemps, mais crée ensemble depuis peu.

Frida Kahlo et Diego Rivera, Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely, Anaïs Nin et Henry Miller: les couples d’artistes qui mêlent leur destin et créent ensemble font rêver. Même si la prise de risques n’est pas anodine. Michel Voïta, qui incarnait le grand-père lors de la dernière Fête des Vignerons, est un visage connu en Suisse romande et en France, où il arpente les scènes de théâtre comme les plateaux de cinéma depuis quelques décennies. On connaît moins Laurence, sa femme, qui vient d’accéder à sa propre notoriété grâce à ses talents d’écrivaine et son dernier livre Au point 1230.

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«Michel avait 20 ans, j’en avais 23»

Se sont-ils d’abord rencontré comme couple? Laurence: «Michel avait 20 ans, j’en avais 23, on était encore étudiants.» «Et on a mis très longtemps avant de pouvoir travailler ensemble», enchaîne Michel.» Au début de leur histoire, n’y avait-il pas en arrière-plan l’idée de créer ensemble? «Non pas du tout». L’un a-t-il entraîné l’autre? «Non plus», répond Laurence: «J’ai toujours eu envie d’écrire. Michel jouait. Et la vie a fait que j’ai attendu un peu plus longtemps pour écrire que lui pour jouer.». Et elle mentionne en riant les deux enfants qu’ils ont élevés ensemble.

Michel: «Au début, chacun essayait de tirer l’autre vers ce qu’il connaissait. Et il a fallu du temps pour mettre notre différence au service de l’autre. Quand je mets en scène un texte de Laurence, même si ce n’est pas mon premier ADN de théâtre, nos différences se complètent.» Quelle a été votre première collaboration? Ils réfléchissent. Michel: «On a fait deux moyens-métrages (Qu’est-ce que tu en sais? 1 et 2, La lettre de Joachim et Le Bel Hôtel, Nicéphore Productions, 2006 et 2008), qu’elle a écrits et que nous avons coréalisés avec Daniel Bovard. Elle a ensuite écrit En cachant les œufs que j’ai mis en scène en novembre 2008.»

Premier lecteur, première spectatrice

Laurence: «Cela nécessite d’avoir une confiance totale en soi et en l’autre, une grande connaissance de l’autre aussi, pour savoir ce que c’est que d’aller dans son sens. C’est sans doute pour cela qu’il a fallu beaucoup de temps pour y parvenir.» Il s’arrête: «Oui mais auparavant, lorsque je faisais une adaptation pour le théâtre, la première personne à qui je la faisais lire, cela a toujours été Laurence». Elle rétorque: «Quand j’écris, tu es mon premier lecteur. J’ai aussi toujours été la première spectatrice de ce que tu faisais.»

Lui: «Ce rôle, elle l’a pris assez vite, car c’est la personne qui me connaît le mieux au monde». Elle: «Je crois que j’arrivais à voir quand tu n’étais pas exactement au plus près de toi.» Laurence: «Si j’avais été comédienne quand on avait 25 ans et que ma carrière s'était mise à marcher mieux que celle de Michel…». Il termine la phrase: «… Cela aurait tout de suite été plus compliqué.»

Laurence aimerait que son mari réalise un film, «parce que je suis sûre qu’il ferait cela très bien». Elle a un autre rêve: «que Michel joue un rôle comique. C’est quelqu’un de tellement drôle, mais on ne lui offre des rôles sinistres (elle rit).» Comment réagit Michel à la toute nouvelle notoriété de Laurence? «Je suis enchanté et ravi que Laurence ait reçu ce Prix du polar qui la fait basculer chez les professionnels.» Plus jeune, vers 30 ans, quand leur carrière était très différente – lui comédien, elle enseignante – elle a ressenti «des pointes de jalousie». «Quand je savais que Michel devait tourner certaines scènes d’amour, je lui demandais de ne pas me dire quand c’était prévu: je n’avais pas envie de passer la journée à me faire des films.»

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«On s’est beaucoup aimé, donc beaucoup disputé»

Elle poursuit: «Nous sommes très apaisés maintenant, mais cela n’a pas toujours été ainsi. On s’est beaucoup aimé, donc on s’est beaucoup disputé.» Et les vacances? Elle: «Ah, ça, c’était un bon sujet de dispute. Parce que l’on n’est jamais parti en vacances avec nos enfants, jamais. Michel devait rester disponible pour un film, une pièce de théâtre. J’ai donc développé un goût prononcé pour mon jardin et la montagne.»

Autre surprise de ce couple: Michel a demandé à Laurence de l’épouser une fois les enfants élevés. Leurs deux garçons ont été leurs témoins en 1999. Elle: «Lorsqu’il m’a fait sa demande, je l’ai fait attendre une semaine». Lui: «J’étais stupéfait. Cette réaction, c’est très, très fille.» Elle, riant: «Ce n’est pas politiquement correct de dire ça!»

Après avoir été présente au Livre sur les quais à Morges début septembre, Laurence Voïta participera les 17 et 18 septembre au premier Festival du polar suisse à Granges, près de Soleure. Elle est ensuite invitée au Cercle littéraire de Lausanne le 21 septembre avant de se rendre au festival Le Lac à Genève les 2 et 3 octobre. Côté écriture, elle est affairée à la suite de son premier polar. Le duo travaille ensemble sur une nouvelle pièce. Et Michel Voïta est sur plusieurs projets pour la scène et l’écran prévus pour la fin d’année et début 2022.