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«Hocus Pocus» du chorégraphe Philippe Saire fait partie de la Sélection suisse en Avignon.
© Philippe Weissbrodt

Spectacles

Laurence Perez, directrice de la Sélection suisse en Avignon: «Les artistes suisses peuvent gagner la bataille»

Laurence Pérez dirige pour la troisième année consécutive la Sélection suisse en Avignon. Elle décline sa stratégie pour emporter la mise dans un festival off riche de 1500 spectacles

Sur les pavés de la Collection Lambert, Laurence Perez s’enflamme en douce comme une héroïne de Jean Giono. Cheveu de jais, pupilles noisette, la directrice de la Sélection suisse en Avignon reçoit ses hôtes dans l’un des décors les plus aristocratiques d’Avignon. Un hôtel particulier transformé en musée d’art contemporain au nom du galeriste parisien Yvon Lambert.

C’est dans ce cadre que la danseuse Cindy Van Acker et le photographe Christian Lutz reprennent ces jours Knusa/Insert coins. Laurence Perez l’a imaginé ainsi, pour que l’aura de ce lieu aux mille et une vibrations rejaillisse sur l’un des spectacles de sa Sélection suisse.

Depuis 2016, cet ex-cadre du Festival d’Avignon version in a cette mission-là: choisir dans l’année quatre pièces helvétiques à fort potentiel de diffusion, quatre mondes à part de nature à taper dans l’œil des centaines de programmateurs attendus. La plateforme est soutenue par la Corodis – Commission romande de diffusion des spectacles – Pro Helvetia, les villes et les cantons. L’ensemble de l’opération représente un budget de 400 000 euros, dont une partie financée par des privés.

Sous les yeux d’un Zinédine Zidane géant, assommant, dans la fièvre d’une finale de Mondial, son adversaire Materazzi – une œuvre d’Adel Abdemessed –, Laurence Perez explique sa stratégie pour appâter les directeurs de scènes susceptibles d’accueillir ses protégés.

Le Temps: Le vivier suisse justifie-t-il chaque année une sélection forte en Avignon?

Laurence Perez: Les Français n’imaginent pas la vitalité artistique d’un pays qui a la taille d’une grande région hexagonale. L’enjeu de cette troisième édition est de montrer que le gisement ne s’épuise pas et que les créateurs suisses sont tout sauf neutres. Ils ont des engagements poétiques et politiques qui font leur singularité.

L.T.: Surprise, votre sélection fait la part belle à deux figures chevronnées, les chorégraphes Philippe Saire et Cindy Van Acker. A priori, ils n’ont pas besoin de votre soutien pour diffuser leurs œuvres…

L.P.: Je visionne une centaine de spectacles par an et je choisis ceux qui me semblent les plus forts, indépendamment de la notoriété des créateurs. J’ai vu Hocus Pocus, la pièce de Philippe Saire destinée au jeune public, et j’ai été soufflée par sa beauté. Nous avons noué un lien avec le festival Théâtr’enfants qui a sa base à Avignon et un réseau. Je suis persuadée qu’Hocus Pocus peut tourner partout en France, aussi bien dans des centres dramatiques que chorégraphiques. Je sens un buzz autour de cette création.

L.T.: Votre mission ne consiste donc pas à lancer la relève?

L.P.: Je le fais en programmant l’actrice Tiphanie Bovay-Klameth et sa pièce D’autres ainsi que l’écrivain et comédien lausannois Joël Maillard, sur lequel je mise beaucoup. Mais tous les créateurs suisses peuvent poser leur candidature. Et elles sont souvent prestigieuses, si je pense par exemple à celle de Gilles Jobin.

L.T.: Trois ans après le lancement de Sélection Suisse, quel bilan faites-vous?

L.P.: Pro Helvetia et la Corodis ont mandaté quelqu’un pour évaluer les retombées pour les compagnies de notre présence à Avignon. Ils décideront de la suite en fonction des conclusions: voudront-ils continuer, et avec quelle personne? Je piloterai pour ma part encore l’édition 2019.

L.T.: Postulerez-vous à votre succession?

L.P.: Je suis prête à poursuivre. Cette Sélection suisse a une spécificité. En tant que directrice artistique, je n’ai de compte à rendre à aucun comité ni de critères à remplir. J’ai ma ligne, qu’on peut dire contemporaine, mais je ne suis pas dogmatique. Je peux me laisser surprendre et c’est la condition pour surprendre à mon tour. Il faut déranger, se distinguer, c’est vital dans le contexte d’un festival off où cohabitent quelque 1500 spectacles. Les artistes choisis sont capables de gagner cette bataille des professionnels et du public. Notre présence à la Collection Lambert est aussi un symbole: c’est une vitrine pour Cindy Van Acker et Christian Lutz, dont profiteront les autres sélectionnés.

Rens.: www.selectionsuisse.ch/fr/

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