Spectacle

Laurent Deshusses, mémorialiste diabolique à Genève

Le grand acteur genevois joue les tribulations de la cinquantaine dans «Ma vie de courbettes», chevauchée comique au cœur de nos mythologies, au Théâtre Alchimic

Quand le coup de cafard survient, chacun a son chanteur, sa chanteuse, son tube qui est un viatique, un anxiolytique. Pour les uns, c’est Barbara et son Aigle noir, pour les autres, c’est Joe Dassin et son Eté indien, pour Laurent Deshusses, Sganarelle diabolique au Théâtre Alchimic à Genève, c’est Michel Sardou et Je vais t’aimer, ce rugissement «à faire rougir les putains de la rade» dans une nuit mauve. C’est ainsi qu’il se jette dans Ma vie de courbettes, spectacle qui marque son retour en solitaire aux planches, irrésistible d’autodérision, de tendresse, d’angoisse chassée d’une chiquenaude.

On connaît la chanson. Le pouvoir de consolation de la variété, Gainsbourg ou Ferré qui coulent dans nos veines. Laurent Deshusses agit ainsi dans ce solo en forme d’inventaire, remontée du fleuve à coups de pagaies intempestifs. Ce Sganarelle, qui cultive un bagou à la Dom Juan, a les bottines enfoncées dans la cinquantaine. Mais il a conservé de sa jeunesse l’essentiel: le rebond de Fanfan la Tulipe, l’élégance ailée du tango, une joie surtout de pourfendre les angoisses. Il faut dire qu’il est accompagné, dans l’écriture du one man show, par Pierre Naftule, Sibylle Blanc et Pierric Tenthorey, des amis qui lui veulent du bien.