Laurent Graff. Voyage, voyages. Le Dilettante, 122 p.

Sous un titre et une couverture exotique incitant au départ, voilà un petit livre qui réjouira tous les rêveurs sédentaires redoutant de sauter le pas. Car le narrateur de Laurent Graff est passé maître dans l'art de la procrastination: il se prépare méthodiquement à partir, pour une destination certes encore inconnue, mais il ne cesse de repousser ce voyage de mois en mois, puis d'année en année. Si bien que c'est toute «une vie pleine de promesses» inaccomplies qui nous est racontée en 49 séquences d'un journal parfois très intime – l'exploration de l'entrejambe féminin alternant chez le narrateur avec la lecture des atlas. Croupier de profession, ce dernier a développé au fil des ans un art de vivre à l'économie qu'illustre le dépouillement de son studio, où une valise finit par contenir l'essentiel de ses biens. L'humour désabusé de l'auteur, qui s'autorise quelques notations burlesques sur la mort de célébrités (Omar Sharif, Dick Rivers, le prince Charles ou Johnny Hallyday), soutient l'intérêt de cette histoire d'un effacement programmé de soi, inévitablement pauvre en péripéties, hormis la révélation d'un voyage posthume tout à fait inattendu.