Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
En 2017, Lausanne Art Fair avait attiré 15 000 visiteurs.
© Lausanne Art Fair

Foire

Lausanne Art Fair, un salon qui se veut abordable

La manifestation a ouvert sa seconde édition au Palais de Beaulieu. En filigrane, cette question: faut-il la voir comme une concurrente sérieuse d’Artgenève?

Comme le remarque Serge Beninca, le directeur de Lausanne Art Fair, la Suisse ne l’a pas attendu pour avoir ses propres salons. La foire lausannoise, dont la seconde édition se tient jusqu’au 22 avril, a en face d’elle des poids lourds du marché: Art Basel, bien entendu, mais aussi Artgenève, géographiquement plus proche. Qu’en est-il alors de son positionnement?

Pour le Français, il faut envisager la manifestation lausannoise comme une alternative aux salons traditionnels. Depuis la création de sa société Art3f en 2012, il promeut le même concept dans toutes les foires qu’il organise. Modestes (82 galeries à Lausanne contre 291 à Art Basel), décontractées, chaleureuses, ses manifestations se veulent tout sauf intimidantes, loin de ce qu’il présente comme les rituels guindés de l’art contemporain. Surtout, il décrit Lausanne Art Fair comme un «salon d’art abordable», où l’on peut s’autoriser des «coups de cœur». La gamme de prix s’y échelonne majoritairement entre 5000 et 20 000 francs, loin des prix moyens d’Artgenève, et très loin de ceux d’Art Basel.

Si l’intention est louable, et le discours bien rodé, ramener le positionnement de cette foire à une gamme de prix serait trompeur. Après tout, il en existe déjà d’autres sur ce créneau: les Multiple Art Days à Paris, par exemple, ou les Affordable Art Fairs, dont la marque s’exporte un peu partout depuis 1999. Les galeries d’art contemporain les plus classiques sont par ailleurs nombreuses à vendre des œuvres de jeunes artistes, à des prix très abordables.

Trop de pastiches

Un petit tour dans les allées de Lausanne Art Fair laisse entrevoir une autre réalité que ce désir de démocratisation: celle d’une absence flagrante d’expertise dans le choix des galeries. Difficile d’ailleurs d’obtenir des informations précises sur le comité de sélection. Si l’on croise quelques grands noms (Miró, Picasso, Combas), on est surtout confronté à des œuvres qui les pastichent sans scrupule, à la limite du plagiat parfois, ou qui creusent sans imagination un sillon inventé il y a fort longtemps, qu’il soit expressionniste, pop ou hyperréaliste. On verra donc des œuvres dans le style de – au choix – Warhol, Murakami, Chagall, Basquiat, Niki de Saint Phalle, Xavier Veilhan, Yue Minjun… Les mêmes icônes que dans les échoppes de posters, les mêmes motifs que dans les rayons décoration des magasins de bricolage. Et l’on évoluera dans un univers parallèle à ce que l’on désigne par «monde de l’art».

Lire aussi: Artgenève, le salon qui monte

Le rapport des arts visuels à leurs publics est aujourd’hui beaucoup moins conflictuel que par le passé. Réfléchir aux moyens de rendre l’art accessible à des non-spécialistes reste néanmoins une excellente question. Mais faire reposer cette accessibilité sur un simple problème de prix, en laissant de côté les questions de formes, d’accrochage ou de médiation, est loin d’aller de soi. Artgenève n’a, pour l’heure, pas beaucoup de souci à se faire.


Lausanne Art Fair, jusqu’au 22 avril.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo culture

Le performeur Yann Marussich se fait imprimer Le Temps sur le corps

Un soir à la rédaction du Temps. La salle de réunion est transformée en labo photo géant éclairé de rouge. Au milieu de la pièce, l'artiste Yann Marussich, rendu photosensible. Sur son corps nu se développent des titres du «Temps». 60 spectateurs assistent à l'expérience qui dure 45 minutes.

Le performeur Yann Marussich se fait imprimer Le Temps sur le corps

n/a
© Arnaud Mathier/Le Temps